• Un cachot. Une femme à genoux, en prière.
    Une tête de mort est gisante par terre,
    Et parle, d’un ton aigre et douloureux aussi.
    D’une lampe au plafond tombe un rayon transi.

    « Dame Reine. — Encor toi, Satan ! — Madame Reine.
    — « Ô Seigneur, faites mon oreille assez sereine
    « Pour ouïr sans l’écouter ce que dit le Malin ! »
    — « Ah ! ce fut un vaillant...

  •  
    Ennemi du mensonge, et de ces fictions
    Qui nourrissent des cœurs les folles passions,
    Je veux prendre aujourd'hui la vérité pour guide.
    Par elle encouragé dans un âge timide,
    De l'illustre Prosper j'ose suivre les pas.
    Puissé-je comme lui confondre les ingrats !
    O vous qui ne cherchez que ces rimes impures,
    Des plaisirs séduisans dangereuses...

  •  
    Vous que la vérité remplit d'un chaste amour,
    N'esperez point encor dans ce triste séjour,
    Paisibles possesseurs la goûter sans allarmes :
    Chrétiens, souffrez pour elle, et prêtez-lui vos armes.
    L'église à la douleur destinée ici-bas,
    Prit naissance à la croix, et vit dans les combats.
    Il faut que tout entier sur elle s'accomplisse
    De son époux...

  •  
    Tel que brille l'éclair, qui touche au même instant,
    Des portes de l'aurore aux bornes du couchant ;
    Tel que le trait fend l'air, sans y marquer sa trace :
    Tel et plus prompt encor part le coup de la Grace.
    Il renverse un rebelle aussi-tôt qu'il l'atteint ;
    D'un scelérat affreux un moment fait un saint.
    Ce foudre inopiné, cette invisible flamme...

  •  
    Redoublons, s'il se peut, l'ardeur qui nous anime :
    Elevons notre voix sur un ton plus sublime :
    Osons du Dieu vivant célébrer la grandeur :
    Osons de ses desseins montrer la profondeur.
    Desseins toujours cachés, secrets impénétrables,
    Jugemens éternels, et loix irrévocables,
    Loix terribles d'un Dieu qui voit dans l'avenir
    Ceux qu'il veut...

  • Oh ! de grâce, fleur que je cueille,
    Ce soir, que le long de mes mains
    Mon âme en toi ne passe,
    Que tout ce que je touche, hélas !
    Ne veuille devenir humain,

    Déjà je sens, obscurément, tes feuilles
    Qui s'allongent, et ta corolle,
    Lourde de songe, qui se pose
    Comme un beau front sur mon épaule ;
    Déjà je sens ton corps frémissant,
    ...

  • Toute grâce et toutes nuances
    Dans l'éclat doux de ses seize ans,
    Elle a la candeur des enfances
    Et les manèges innocents.

    Ses yeux, qui sont les yeux d'un ange,
    Savent pourtant, sans y penser,
    Eveiller le désir étrange
    D'un immatériel baiser.

    Et sa main, à ce point petite
    Qu'un oiseau-mouche n'y tiendrait,
    Captive sans espoir de...

  • Beauté de qui la grâce étonne la nature,
    Il faut donc que je cède à l'injure du sort,
    Que je vous abandonne, et loin de votre port
    M'en aille au gré du vent suivre mon aventure.

    Il n'est ennui si grand que celui que j'endure :
    Et la seule raison qui m'empêche la mort,
    C'est le doute que j'ai que ce dernier effort
    Ne fût mal employé pour une âme si dure...

  • N'oser aimer celui, doué de bonne grâce,
    Qui est à ses amis sans artifice aucun,
    Ne parler à personne, éloigner un chacun,
    Fuir ce que la gloire aimablement pourchasse :

    Marcher piteusement avecque triste face
    Avoir le chef couvert d'un grand voile importun,
    Vivotter mal-en-point - usage trop commun -
    Et comme un prisonnier ne bouger d'une place,
    ...

  • Tu arbores parfois cette grâce bénigne
    Du matinal jardin tranquille et sinueux
    Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,
    Ses doux chemins courbés en cols de cygne.

    Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair
    Du vent rapide et exaltant
    Qui passe, avec ses doigts d'éclair,
    Dans les crins d'eau de l'étang blanc.

    Au bon toucher de tes...