• C’est une heure d’angoisse indicible, que l’heure
    Où, las de nos désirs sans cesse démentis,
    Nous voulons, maudissant la vie extérieure,
    Rentrer dans l’idéal d’où nous étions sortis.

    Car, désaccoutumés par notre ingratitude
    Des charmes de l’idée & de l’amour des dieux,
    Nous ne retrouvons plus la sévère habitude
    Des graves sentiments & des...

  • Chaînes qu’on rompt, prisons qu’on démantelle, grilles
    Qu’on arrache ; palais qui s’effondrent, soldats
    Et prêtres châtiés ; églises & bastilles
    Croulant dans la fumée horrible des combats !

    Effarement, clameurs furieuses des lâches
    Accroupis sous le pied des tyrans consternés !
    Cris des hommes nouveaux se ruant à leurs tâches !
    Magnanime rumeur...

  • Madame Catherine avait certes raison
    De les faire égorger ainsi. — La trahison
    N’est point crime mais bien vertu, quand on l’emploie
    Au service de Dieu qui l’accepte avec joie.
    Car la foi n’est plus due à qui n’a plus la Foi.
    — Sont-ils hommes ceux-là qui n’ont Pape ni Roi,
    Et qui mettent la sainte Église en pillerie ?
    Le David, dont la main veille à...

  • C'était orgueil de vivre en France-la-Louée,
    car Dieu l'avait élue et le monde avouée
    et, manifeste en tous ses gestes qu'il dictait,
    Dieu s'exprimait par elle - et la Terre écoutait.
    Les jeunes d'à présent, vous l'avez appauvrie
    de gloires et d'honneur jusqu'à la ladrerie,
    si - qu'à vous observer - nous, les vieux, nous songeons :
    la sève du vieux...

  • À Ad. Racot.

    Tous d'un vaste élan, et d'un pied hâtif, courent aux batailles,
    Les frémissements de la plaine immense emplissent les airs ;
    Ivre et foudroyant, le glaive vengeur, roi des funérailles,
    Dépèce à la Mort le corps des vaincus, leur sang et leurs chairs.
    Le canon grondant vomit des boulets ; des murs d'hommes croulent,
    Les chevaux pesants, dont les...

  • On dirait que ce vent vient de la mer lointaine ;
    Sous des nuages blonds l'azur du ciel verdit,
    Et, dans l'horizon blême, une brume incertaine
    S'amasse à flot épais, se dilate et grandit.

    Elle éteint le dernier éclat du soleil pâle
    Qui plonge et s'enfouit dans le vague Occident ;
    Son front, mélancolique et noirci par le hâle,
    Cache au fond du ciel...

  • Quelques feuilles, guirlande verte,
    Environnent de leur émail
    Cette jeune rose entrouverte,
    Petite coupe de corail.

    Ses pétales aux teintes blondes,
    Dont la nacre rose pâlit,
    Se frisent et semblent les ondes
    Du frais parfum qui la remplit.

    Vois-tu, soulevant de son aile
    Un nuage de tourbillons,
    Voler et tourner autour d'elle
    L'...

  • J'admire, dédaigneux des vagues mélopées
    Qu'entonnent nos rimeurs sinistres ou plaintifs,
    L'épanouissement des vastes épopées
    Balançant leurs parfums dans les vents primitifs.

    Les jeunes univers dilatés et sonores,
    S'abreuvaient de la vie, éparse dans les airs,
    Et la virginité des naïves aurores
    D'une lumière fraîche arrosait les cieux clairs.
    ...

  • Puisse ma libre vie être comme la lande
    Où sous l'ampleur du ciel ardent d'un soleil roux,
    Les fourrés de kermès et les buissons de houx
    Croissent en des senteurs de thym et de lavande.

  • À Henri Winter.

    Minuit faisait jaillir, comme des étincelles,
    Les gerbes de ses sons qui, palpitant des ailes,
    Montaient et vibraient en tremblant,
    L'air était sec et vif ; la nuit calme et splendide ;
    Et le dôme du ciel, sans vapeur et sans ride,
    Était couvert d'or scintillant.

    La lune avait tendu les blancheurs de son voile ;
    On eût dit qu'...