• Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne,
    Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,
    Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis,
    Et que tu me parais, ornement de mes nuits,
    Plus ironiquement accumuler les lieues
    Qui séparent mes bras des immensités bleues.

    Je m'avance à l'attaque, et je grimpe aux assauts,
    Comme après un cadavre un choeur de...

  • J'adore la banlieue avec ses champs en friche
    Et ses vieux murs lépreux, où quelque ancienne affiche
    Me parle de quartiers dès longtemps démolis.
    Ô vanité ! Le nom du marchand que j'y lis
    Doit orner un tombeau dans le Père-Lachaise.
    Je m'attarde. Il n'est rien ici qui ne me plaise,
    Même les pissenlits frissonnant dans un coin.
    Et puis, pour regagner les...

  • Afin qu'à l'avenir on t'adore, ô Déesse,
    Je plante en ton honneur ce laurier immortel,
    Je te sacre ce temple où j'offre à ton autel
    Les armes dont Amour a dompté ma jeunesse.

    Ceux qui t'invoqueront pour vierge chasseresse
    Et qui t'honoreront de maint voeu solennel
    Ne puissent du trépas sentir le dard cruel,
    Ains le trait bienheureux dont ta beauté...

  • Petit nombril, que mon penser adore,
    Et non mon oeil qui n'eut onques le bien
    De te voir nu, et qui mérites bien
    Que quelque ville on te bâtisse encore ;

    Signe amoureux, duquel Amour s'honore,
    Représentant l'Androgyne lien,
    Combien et toi, mon mignon, et combien
    Tes flancs jumeaux folâtrement j'honore !

    Ni ce beau chef, ni ces yeux, ni ce...

  • Je meure si jamais j'adore plus tes yeux,
    Cruelle dédaigneuse, et superbe Maistresse,
    Si jamais plus, menteur, je fais une Déesse
    D'un subject ennemy de ce qui l'ayme mieux.

    C'est moy qui t'ay logée au plus haut lieu des Cieux,
    Déguisant ton Esté d'une fleur de jeunesse :
    C'est moy qui t'ay doré l'Ebene de ta tresse,
    Faisant de ton seul oeil un...

  • Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j'adore,
    L'autre soir apparut si brillante en ces lieux,
    Qu'à l'éclat de son teint et celui de ses yeux,
    Tout le monde la prit pour la naissante Aurore.

    La Terre, en la voyant, fit mille fleurs éclore,
    L'air fut partout rempli de chants mélodieux,
    Et les feux de la nuit pâlirent dans les Cieux,
    Et crurent que...