• Le tronc en est creusé par l’âge et par les vers,
    Et, parmi les buissons et les ronces voisines,
    Il engendre, dans ses malfaisantes gésines,
    L’ortie, et la cigüe et les champignons verts.

    Et c’est là dans les trous profonds de ses racines,
    — Lorsque les lourds midis ruissellent au travers
    De l’enchevêtrement des fourrés entr’ouverts, —
    Que s’...

  •  
    Le chêne a-t-il grandi ? tient-il bien sa promesse,
                      Ami des anciens jours ?
    Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse,
                      Le penses-tu toujours ?

    Oui, c’était bien un chêne, et d’une fleur de serre
                      Il n’a pas l’agrément ;
    Son écorce est rugueuse et sombre : en pleine terre
                      ...

  • Voilà ce chêne solitaire
    Dont le rocher s'est couronné,
    Parlez à ce tronc séculaire,
    Demandez comment il est né.

    Un gland tombe de l'arbre et roule sur la terre,
    L'aigle à la serre vide, en quittant les vallons,
    S'en saisit en jouant et l'emporte à son aire
    Pour aiguiser le bec de ses jeunes aiglons;
    Bientôt du nid désert qu'emporte, la tempête...

  • I

    Quand l'homme te frappa de sa lâche cognée,
    Ô roi qu'hier le mont portait avec orgueil,
    Mon âme, au premier coup, retentit indignée,
    Et dans la forêt sainte il se fit un grand deuil.

    Un murmure éclata sous ses ombres paisibles ;
    J'entendis des sanglots et des bruits menaçants ;
    Je vis errer des bois les hôtes invisibles,
    Pour te...

  • Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chêne
    Plus polis et luisants que des anneaux de chaîne,
    Que, jour à jour, la peau des hommes a fourbis,
    Nous traînions tristement nos ennuis, accroupis
    Et voûtés sous le ciel carré des solitudes,
    Où l'enfant boit, dix ans, l'âpre lait des études.
    C'était dans ce vieux temps, mémorable et marquant,
    Où forcés d...

  • Le Chêne un jour dit au Roseau :
    "Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
    Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
    Le moindre vent, qui d'aventure
    Fait rider la face de l'eau,
    Vous oblige à baisser la tête :
    Cependant que mon front, au Caucase pareil,
    Non content d'arrêter les rayons du soleil,
    Brave l'effort de la tempête.
    Tout vous est...

  • Dans la tiède forêt que baigne un jour vermeil,
    Le grand chêne noueux, le père de la race,
    Penche sur le coteau sa rugueuse cuirasse
    Et, solitaire aïeul, se réchauffe au soleil.

    Du fumier de ses fils étouffés sous son ombre,
    Robuste, il a nourri ses siècles florissants,
    Fait bouillonner la sève en ses membres puissants,
    Et respiré le ciel avec sa...

  • Qui a vu quelquefois un grand chêne asséché,
    Qui pour son ornement quelque trophée porte,
    Lever encore au ciel sa vieille tête morte,
    Dont le pied fermement n'est en terre fiché,

    Mais qui dessus le champ plus qu'à demi penché
    Montre ses bras tout nus et sa racine torte,
    Et sans feuille ombrageux, de son poids se supporte
    Sur un tronc nouailleux en cent...