• Ton corps est un jardin impérial :
    Toutes les fleurs s’y donnent rendez-vous,
    Les roses qu’on y rêve et les œillets fous ;
    C’est Floréal, Germinal, Prairial.

    Sur tes seins blancs, voici les lis éclore,
    J’entends tinter des muguets dans ta bouche,
    Et dans tes yeux où le faste se couche
    S’épanouit une...

  • Philis me traite avec rigueur ;
    Mon cœur, jour et nuit, en soupire.
    Ne vous affligez pas, mon cœur :
    ...

  • Sacrés murs du Soleil où j'adorai Philis,
    Doux séjour où mon âme était jadis charmée,
    Qui n'est plus aujourd'hui sous nos toits démolis,
    Que le sanglant butin d'une orgueilleuse armée,

    Ornements de l'autel qui n'êtes que fumée,
    Grand temple ruiné, mystères abolis,
    Effroyables objets d'une ville allumée,
    Palais, homme, chevaux, ensemble ensevelis,...

  • Sonnet

    Je songeais que Philis des enfers revenue,
    Belle comme elle était à la clarté du jour,
    Voulait que son fantôme encore fît l'amour
    Et que comme Ixion j'embrassasse une nue.

    Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
    Et me dit : " Cher Tircis, me voici de retour,
    Je n'ai fait qu'embellir en ce triste séjour
    Où depuis ton départ le...

  • Songez, Philis, songez au temps passé
    Ce beau garçon dont vous fûtes éprise
    Mit en vos mains son aimable franchise.
    Il était jeune, il n'avait point senti
    Ce que ressent un coeur assujetti,
    Et jeune encore vous ignoriez l'usage
    Des mouvements qu'excite un beau visage.
    Vous ignoriez la peine et le plaisir
    Qu'ont su donner l'amour et le désir...

  • Chère Philis, qu'êtes-vous devenue
    Cet enchanteur qui vous a retenue
    Depuis trois ans, par un charme nouveau
    Vous retient-il dans quelque vieux château ?
    S'il en est ainsi je cherche une aventure
    En chevalier de la triste figure
    Et dût Roland ressusciter
    Contre Roland, j'oserai tout tenter
    Mais non Philis, délivrez-vous vous-même
    Vous en...

  • Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
    Et la mer est amère, et l'amour est amer,
    L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
    Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

    Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
    Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
    Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
    Et tous deux ils...

  • Philis, les yeux en pleurs et le coeur en tristesse,
    Implore le secours de notre charité
    Et ne brille pas moins au fort de sa détresse
    Qu'un astre qui reluit parmi l'obscurité.

    Sa seule nudité découvre sa richesse.
    Plus on voit de son corps, plus on voit de beauté,
    Sa pompe est toute en elle et comme une déesse,
    Elle doit son éclat à sa propre clarté....

  • Quand Philis chaque jour inventait quelque outrage
    Pour troubler mes désirs et mon contentement,
    Il semblait qu'à l'envi d'un si rude tourment
    Mon amour augmentait sa fureur et sa rage.

    Maintenant que le ciel a calmé cet orage,
    Qu'elle brûle pour moi d'un vif embrasement,
    Les visibles ardeurs de son feu véhément,
    Au lieu de m'enflammer, me glacent le...

  • Philis, quand je regarde au tems promt et leger
    Qui derobe soudain nos coulantes années,
    Je commence à conter les saisons retournées,
    Qui viennent tous les jours nos beaux jours abreger.

    Car ja quarante fois nous avons veu loger
    Le soleil au Lion des plus longues journées,
    Depuis que nous avons nos amours demenées
    Soubz la foy qui nous fist l'un à l'...