• Elégie

    Cloris, lorsque je songe, en te voyant si belle,
    Que ta vie est sujette à la loi naturelle,
    Et qu'à la fin les traits d'un visage si beau
    Avec tout leur éclat iront dans le tombeau,
    Sans espoir que la mort nous laisse en la pensée
    Aucun ressentiment de l'amitié passée,
    Je suis tout rebuté de l'aise et du souci
    Que nous fait le destin qui...

  • Tout n'est plein ici bas que de vaine apparence,
    Ce qu'on donne à sagesse est conduit par le sort,
    L'on monte et l'on descend avec pareil effort,
    Sans jamais rencontrer l'état de consistance.

    Que veiller et dormir ont peu de différence,
    Grand maître en l'art d'aimer, tu te trompes bien fort
    En nommant le sommeil l'image de la mort,
    La vie et le...

  • Cet Hiver en dormant je songe que ma flore,
    Voulant récompenser mes peines et mes pleurs,
    Me caresse, me baise, et me promet encore
    De me garder le fruit de ces premières fleurs.

    Ainsi durant la nuit se lève mon aurore,
    Afin de m'assurer que les destins meilleurs
    Dans cette vision mettaient un ellébore,
    Qui purgeant mon esprit guérissait mes...

  • Dieux, que le songe fait de travaux ressentir !
    J'ai cru voir en dormant un jardin plein de roses,
    Qui n'étaient point si tôt apparemment écloses
    Que mon oeil les voyait en soucis convertir.

    J'ai cru voir deux soleils leurs rayons départir
    Sur ces mêmes soucis, y faisant mêmes choses,
    Car tous deux les faisaient dessécher au sortir,
    Et reverdir...

  • Songe, songe Mortel, que tu n'es rien que cendre
    Et l'asseuré butin d'un funeste cercueil,
    Porte haut tes desseins, porte haut ton orgueil,
    Au gouffre du neant il te faudra descendre.

    Qu'est enfin un Cesar, et qu'est un Alexandre
    Dont les armes ont mis tant de peuples en dueil ?
    Ils sont où les grandeurs doivent toutes se rendre
    Et toutes se...

  • Ô Songe doux, ô fantôme croyable
    Qui m'entretiens en l'amoureux plaisir !
    Entre mes bras, Hélène, mon désir,
    Je te tenais cette nuit favorable,

    Je suçotais ta bouche désirable
    Des dieux du ciel, je touchais à loisir
    Ton blanc tétin, et savais bien choisir
    Sur ton beau corps un bien plus agréable !

    Mais les destriers de Phébus donne-jour...

  • Sous les lambris moussus de ce sombre palais,
    Écho ne répond point, et semble être assoupie :
    La molle Oisiveté, sur le seuil accroupie,
    N'en bouge nuit et jour, et fait qu'aux environs
    Jamais le chant des coqs, ni le bruit des clairons,
    Ne viennent au travail inviter la Nature ;
    Un ruisseau coule auprès, et forme un doux murmure.
    Les simples dédiés au...

  • " J'ignore l'art de bien parler,
    Et n'emploirai pour tout langage
    Que ces moments qu'on voit couler
    Parmi les fleurs et de l'ombrage.
    Là luit un soleil tout nouveau ;
    L'air est plus pur, le jour plus beau ;
    Les nuits sont douces et tranquilles ;
    Et ces agréables séjours
    Chassent le soin, hôte des villes,
    Et la crainte, hôtesse des Cours....

  • " Ô vous qui m'écoutez, troupe noble et choisie,
    Ainsi qu'eux quelque jour vous vivrez d'ambrosie ;
    Mais Alcandre lui-même aurait beau l'espérer,
    S'il n'implorait mon art pour la lui préparer.
    Ce point tout seul devrait me donner gain de cause :
    Rendre un homme immortel sans doute est quelque chose ;
    Apellanire peut par ses savantes mains
    L'exposer pour...

  • " A de simples couleurs mon art plein de magie
    Sait donner du relief, de l'âme, et de la vie :
    Ce n'est rien qu'une toile, on pense voir des corps.
    J'évoque, quand je veux, les absents et les morts ;
    Quand je veux, avec l'art je confonds la nature :
    De deux peintres fameux qui ne sait l'imposture ?
    Pour preuve du savoir dont se vantaient leurs mains,
    L'un...