Songe

Cet Hiver en dormant je songe que ma flore,
Voulant récompenser mes peines et mes pleurs,
Me caresse, me baise, et me promet encore
De me garder le fruit de ces premières fleurs.

Ainsi durant la nuit se lève mon aurore,
Afin de m'assurer que les destins meilleurs
Dans cette vision mettaient un ellébore,
Qui purgeant mon esprit guérissait mes douleurs.

Mais tandis que ma main à l'arrêter s'emploie,
Ce corps subtil s'écoule, et moi dans cet effort
Je m'éveille en criant : " ô cause de ma joie,

Sommeil, l'on vous a cru le frère de la mort,
Mais puisque vos faveurs m'ont fait baiser Silvie,
Je vous crois bien plutôt le père de ma vie ! "

Collection: 
1621

More from Poet

  • Les rayons du soleil se dardent sur l'enflure
    D'un nuage opposé qui, rosoyant d'humeur,
    Nous fera bientôt voir de l'Iris la voûture,
    Peignant notre horizon de sa cambre lueur.

    Ah ! la voici déjà, sa céleste présence
    En bigarrant le ciel enfante divers ronds
    ...

  • Beaux yeux que j'aime tant, hé quelle est votre essence,
    Car l'on vous pense feux à mon embrasement,
    Puis l'on vous juge cieux par votre mouvement,
    Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

    Ces yeux n'ont que des feux toujours en influence,
    Comme s'ils n'...

  • L'oeil est dans un château que ceignent les frontières
    De ce petit vallon clos de deux boulevards,
    Il a pour pont-levis les mouvantes paupières,
    Le cil pour garde-corps, les sourcils pour remparts.

    Il comprend trois humeurs, l'aqueuse, la vitrée,
    Et celle de...

  • Mon esprit qui toujours d'un vain espoir s'apaise,
    Compare votre sein, dont je suis envieux,
    A des jeunes boutons, puis il dit à mes yeux :
    Si vous les pouviez voir, ne mourriez-vous point d'aise ?

    Ainsi dans mon esprit s'allume une fournaise,
    Et son feu se nourrit...

  • Oreilles, la nature en coquillant qui gire
    Vos petits ronds voutés de long et de travers,
    Fait en vous un dédale, où bien souvent je perds
    Le langage amoureux que pour vous je soupire.

    Ô portes de l'esprit, par où le doux Zéphyre
    Fait entrer sur son aile et l'amour...