Raphaël

 
Ce qui donne du prix à l’humaine existence,
Ah ! C’est de la beauté le spectacle éternel !
Rien n’égale en splendeur le destin du mortel
Qui peut la contempler dans sa plus pure essence.

Et ce fut là ton sort, bienheureux Raphaël !
Artiste plein d’amour, de grâce et de puissance,
Ton œil noir, de bonne heure attaché sur le ciel,
Y chercha du vrai beau la divine substance.

En vain autour de toi, jeune encore et sans nom,
Le monstre impur du laid, hurlant comme un dragon,
Déroula ses anneaux et ses replis de fange :

Tu dédaignas ses cris, ses bonds tumultueux,
Et, d’un brodequin d’or foulant son front hideux,
Tu t’élanças vers Dieu comme le grand Archange.

Collection: 
1841

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