Lettre de Chapelle à M. Moreau
LETTRE
À Monsieur Moreau.
Je ne vous ferai point ici la description de la maison de Saint-Lazare, où je suis, puisque je vous la vais faire en vers. Je me contenterai seulement de vous dire, pour vous exciter à compassion, que je suis dans un lieu où on me donne tout ce qui m’est inutile et rien de ce qui m’est nécessaire. J’ai un bénitier, et je n’ai point de pot de chambre auprès de mon lit. J’ai un prie-Dieu, et je n’ai point de chaise ni de table dans ma chambre. J’ai un surplis, et je n’ai point de chemise. J’ai un bonnet pour le jour, et je n’en ai point de nuit. J’ai une soutane, et je n’ai point de robe de chambre. À table j’ai des serviettes, des assiettes, des couteaux, des cuillères, et je n’ai rien à manger. Enfin, Monsieur, dans les conversations je n’ai que des gens qui m’importunent, et je n’en ai point qui me divertissent : car tous leurs entretiens ne sont que des invectives contre les vicieuses coutumes du siècle, et de s’emporter particulièrement contre ceux qui, au lieu de dire : Je me recommande à vos bonnes grâces, disent, quand ils se quittent : Je suis votre serviteur.