Les Deux Chats

by Jean-Pierre Claris de Florian

Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,
et dignes tous les deux de leur noble origine,
Différaient d'embonpoint. L'un était gras à lard;
      C'était l'aîné: sous son hermine,
      D'un chanoine il avait la mine,
Tant il était dodu, potelé, frais et beau.
      Le cadet n'avait que la peau
      Collée à sa tranchante échine.
Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir,
        De la cave à la gouttière
      Trottait, courait, il fallait voir!
      Sans en faire meilleure chère.
      Enfin, un jour, au désespoir,
      I1 tint ce discours à son frère:
      Explique-moi par quel moyen,
      Passant ta vie à ne rien faire,
Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,
      Et moi si mal. --La chose est claire,
Lui répondit l'aîné: tu cours tout le logis
Pour manger rarement quelque maigre souris.
--N'est ce pas mon devoir?--D'accord, cela peut être;
      Mais moi, je reste auprès du maître,
      Je sais l'amuser par mes tours.
Admis à ses repas, sans qu'il me réprimande,
Je prends de bons morceaux, et puis je les demande
      En faisant patte de velours;
      Tandis que toi, pauvre imbécile,
      Tu ne sais rien que le servir.
      Va, le secret de réussir,
      C'est d'être adroit, non d'être utile.

More poems by Jean-Pierre Claris de Florian

All poems by Jean-Pierre Claris de Florian →