Le Progrès

by Auguste Barbier

 
A quoi servent, grand dieu ! Les leçons de l’histoire
          Pour l’avenir des citoyens,
Et tous les faits notés dans une page noire
          Par la main des historiens,
Si les mêmes excès et les mêmes misères
          Reparaissent dans tous les temps,
Et si de tous les temps les exemples des pères
          Sont imités par leurs enfants ?
Ô pauvres insensés ! Qui, le front ceint de chêne
          Devant l’univers enchanté,
Voilà six ans bientôt, entonnions d’une haleine
          L’hymne brûlant de liberté !
Nous chantions tous en chœur, dans une sainte ivresse,

          La vierge pure comme l’or,
Sans penser que plus tard l’immortelle déesse
          Devait tant nous coûter encor.
Nous rêvions un ciel doux, un ciel exempt d’orages,
          Un éternel et vaste azur,
Tandis que sur nos fronts s’amassaient les nuages :
          L’avenir devenait obscur.

Et nous avons revu ce qu’avaient vu nos pères,
          Le sang humain dans les ruisseaux,
Et l’angoisse des nuits glaçant le cœur des mères,
          Quand le plomb battait les carreaux ;
Le régicide infect aux vengeances infâmes
          Et ses stupides attentats,
La baïonnette ardente entrant au sein des femmes,
          Les enfants percés dans leurs bras :
Enfin les vieux forfaits d’une époque cruelle
          Se sont tous relevés, hélas !
Pour nous faire douter qu’en sa marche éternelle
          Le monde ait avancé d’un pas.

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