Le Parnasse contemporain/1866/Prométhée

by José-Maria de Heredia

Quand le Titan roula des voûtes immortelles,
Foudroyé par le bras du Kronide irrité,
Les pleurs ne mouillaient point ses farouches prunelles.
Il se sentait vaincu, mais toujours indompté.

Sous l’ongle du vautour à ses flancs incrusté,
Il amassait en lui les douleurs fraternelles,
Et gardait sur son front, meurtri de grands coups d’ailes,
L’espoir de la vengeance et de la liberté,

Nous subissons encor cet antique supplice.
Mais nous n’attendons plus la trop lente justice :
Héraklès ne vient pas, cаr il n’est plus de Dieux.

Et nous sentons pesеr sur notre âme écrasée
Toute une mer de honte, et l’ardente rosée
De l’honneur révolté ruisselle de nos yeux.

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