L’Âme de mon violon

by Léopold Dauphin

Cette chanson est la simplesse même
Et n’a qu’un refrain : son amour.


L’heure est blonde et rieuse, à l’aube de la vie,
Quand, d’une aile enjouée, alerte elle confie
Au matin ses essors.
Au matin ses essors. Ô les premiers réveils
Et leur chant d’alouette ivre de rais vermeils !

Même de l’espérance insoucieuse, folle,
Vers les proches avrils et leur miel elle vole
En un vol si léger de joli papillon,
Que, la voyant passer, la fleur et le rayon
Jalousent, celui-ci sa lumière d’aurore,
Celle-là sa beauté fraîche qui vient d’éclore.

Heureuse, où t’en vas-tu, belle heure sans souci,
Toi qui sembles porter aux vieux soirs un défi,
Ignorante des maux et ne te doutant guère
Que ton aînée, ici, née à peine naguère,
Ayant bientôt vécu son passager moment
De terrestre bonheur, s’en ira tristement
Rejoindre, en l’infini du temps, ses sœurs, les tiennes,
Les heures d’autrefois, les heures anciennes
Qui, comme toi, volaient dans le vent du matin,
Fières de leur jeunesse et narguant le destin.


Puisque l’instant est court, ô dirige ton aile
Et ne la laisse pas errer par la venelle
Étroite et salissante où tant de mal se plaît
À charrier l’ordure et le vice et le laid ;
Mène-la par les champs des riants paysages
De la sérénité, sous l’envol des nuages

Qu’une pitié colore et berce un souffle pur ;
Mène-la vers l’Amour ! il est, proche l’azur,
Au pays de tendresse où sait fleurir sans cesse,
Fleur divine, éternelle et de très rare espèce,
La Rose, éclose rose, au parfum de bonté,
La Rose chère aux cœurs de bonne volonté.


Mon heure dont le vol, hélas ! déjà se lasse
Et, bien près de finir, au souvenir s’enlace,
Mon heure se souvient d’avoir cueilli jadis
La belle Rose, rose et plus pure qu’un lys :
Ses minutes depuis en furent parfumées
Comme ma joie aussi l’est de ma bien-aimée.

1er novembre 1900.


À travers les glaces sans tain
Des vitrines de mon grand-père
Je la guettais, soir et matin,
Celle qui toujours sut me plaire.

Souriante pomme d’api,
Fraîche enfant, mignonne écolière,
Elle passait, regard joli,
Et mon cœur me chantait : espère !

Son père lui donnant la main
Elle allait sans savoir, brunette,
Quel émoi fardait de carmin
Si subitement mes pommettes,

Quels pensers volaient si souvent
De mon collège à son couvent.


L’âme de mon violon
Est un sourire et selon
Qu’il fleurit mélancolique,
Triste ou gai, gris, noir ou blond,
Sourit aussi ma musique.

Elle est parfois même un pleur,
Comme une rosée aux fleurs,
Et selon qu’il est de joie,
Ou d’amour ou de douleur,
Ma musique aussi larmoie.


Car la vie et ce quelle a
De ronces près des lilas,
Ses caresses, ses misères,
Tour à tour donnent leur la
À sa frêle voix sincère.

Ô Margot ! ma passion,
L’âme de mon violon
T’appartient : tu la fis naître !
Et depuis, vois, sa chanson
Est ma seule raison d’être.


Aimons-nous ; c’est la sagesse.
Le vin de mon cœur, maîtresse,
Verse-le avec largesse.

N’attends pas jusqu’à demain
Que la coupe dans ta main
Déborde sur le chemin,

Et, sous l’aurore et la lune,
Au mépris de la fortune
Qu’apporte l’heure importune,

Nous vivrons, blancs exilés
Des paradis étoilés,
Avec nos songes ailés.

Loin des horizons moroses,
Des temps perdus et des proses,
Viens !… il reste encor des roses.


Ce jour que ton avril, au balcon, sous la vigne
Qui jusqu’à tes volets grimpe le long du mur,
Vint s’incliner vers moi, chère âme, avec ce signe
De sa lèvre baisant ses doigts — en plein azur

Le matin se leva comme brille la soie
En zézayant des mots chuchotés et luisants
Et si doux qu’au verger, dans les nids, une joie
Vint les redire en chœurs doucement caressants.

Et ce fut au jardin de mon cœur tout en fête
L’or d’une aurore bleue enflammant l’horizon,
Et ce fut ce jour-là que tu me fis poète.
Ô le joli balcon béni de ta maison !


Ôle joli balcon béni de ta maison
Où je vins en tremblant t’avouer les promesses
Que ma passion folle avec ses floraisons
Exaltait vers ta grâce émue et sa simplesse…

Coude à coude et nos fronts penchés sur le chemin,
Dans le silence ami d’une douceur si neuve
Nous écoutions, déjà, la voix des lendemains
Berceuse heureusement comme chante un bon fleuve.

Le printemps se fleurit de ta sérénité,
L’homme sembla meilleur, l’heure même ravie
Et le pur infini s’embellit de clartés
Pour mieux t’illuminer et sourire à ma vie.


Pour mieux l’illuminer et sourire à ma vie
Se levèrent tes yeux lentement vers mes yeux,
Tes yeux noirs veloutés auxquels la nuit confie
Le secret de son or étoile par les cieux.

Je leur confiai, moi, le trésor de mon âme,
À travers la rosée en pleurs d’un tel bonheur,
Et, muets, innocents mais vifs comme une flamme,
Nous vîmes nos aveux rosir notre candeur.

Ô ton premier regard si long dans sa tendresse,
Si calme, si profond, sur mes yeux appuyé !
Dès sa lueur sans feinte et ses franches caresses
Je compris qu’à tes jours les miens étaient liés.


Je compris qu’à tes jours les miens étaient liés
Par le ruban tissé des seuls fils de ce charme
Qui, du cœur à l’esprit, et de la tête aux piés,
T’enveloppe et m’attire en chassant mes alarmes ;

Et je compris aussi qu’à mes jours, Marguerite,
Les tiens s’étaient liés, quand, furtive et légère,
Ta main, pressant ma main, souligna dans sa fuite
L’instant qui nous laissait l’heur d’une amour si chère.

Le soleil te nimbait déclinant au jardin
— Ô sa couronne d’or qui sur ton front s’arrête !
Et je te proclamais : ma reine ! étant certain
De rester le sujet féal de Pâquerette.


De rester le sujet féal de Pâquerette
Je n’eus aucun mérite et ne m’en vante pas,
Car tu portes en toi l’affinité secrète,
L’invisible lien qui m’attache à tes pas ;

Depuis combien de temps !… voici bientôt six lustres
Telle, dessous la treille ombreuse d’autrefois,
Je te vis et t’aimai — brillant d’un nouveau lustre,
Telle encore et je t’aime et plus belle te vois.

Oh ! le Ciel me combla de bien longues richesses
Qui fit vibrer nos deux âmes à l’unisson
Et nous permit, un soir, d’avouer leurs promesses
Sur le joli balcon béni de ta maison.

Je n’ai rien oublié de nos heures passées,
Alors que ton avril au mien tendait ses fleurs
Pour le plaisir d’aimer sans arrière-pensées,
Souriante la lèvre et l’œil fou de lueurs.

Je n’ai rien oublié de mes heures bercées
Doucement, doucement aux rythmes doux, berceurs,
Que murmurait ta voix chaste de fiancée,
Ni la sérénité de nos deux âmes sœurs.

Et je revois encor le coin plein d’ombre fraîche
Près de la noria sonore où se dépêche
L’essaim de mes désirs autour de tes bras nus ;

Et joli le jardin ! et combien embellie
Sa légère feuillée au son des angélus
Que tintaient nos baisers sous le saule qui plie !


Et le jour vint devant nos fiançailles
Sonner bien doux son carillon léger
À toute cloche où le plaisir tressaille
Si de l’espoir il est le messager.

Comme il tintait la plus vive allégresse
Je reconnus l’écho de mon bonheur,
Comme il tintait aussi ta chère ivresse
Je m’affolai du bon carillonneur.


Aux sons ailés de ses claires musiques
Ton frais jardin se pâma dont les lys
Symbolisaient en leurs grâces mystiques
Tout notre amour exilé des jadis,

Des jadis où, lointain, sans se connaître
Il se cherchait pour s’avouer demain
Et s’exalter et réunir nos êtres
Le soir venu que tintera l’hymen.


J’ai su ce que dit la rose,
Le jour où tu m’as parlé.

À l’oiseau qui, la nuit close,
La berce d’un chant perlé,
Elle dit, oh ! peu de chose,
Mais comme une lyre l’ose
Dire à son rêve étoilé.

J’ai su ce que dit la rose,
Le jour où tu m’as parlé.


Ton âme où chante une fauvette,
Rosier de mon ciel !
Ton âme fleurit et son miel
Enivra ma jeunesse en fête ;

Et ma pensée en vol câlin
Vint à tes corolles
Comme un vol de papillon vole
De fleur en fleur dans le jardin.


Ô quel butin pris avec zèle !
Quels trésors bénis :
Des chansons comme en ont les nids,
Des élans comme en ont les ailes,

Sourires clairs narguant les maux,
Toute une fortune
D’espoirs gais, de joie opportune
Comme une branche au renouveau,

Et, te parant, grâce plénière !
Mieux que des joyaux,
Cette candeur des blancs agneaux
Qui paissent l’herbe printanière.


Vois, près de la grille :
Au soleil de juin
Ton cerisier brille
Rouge incarnadin

Des cerises mûres
Qui d’un air mutin
Criblent sa ramure.

Ses riants bouquets
S’y donnent l’allure
De compagnons gais.


Ses moineaux aux branches,
Sans souci du guet
Font ripailles franches ;

Et c’est la gaîté,
Là, qui s’endimanche
Pour plaire à l’été.

Une âme éveillée,
Ivre de clarté,
Chante en sa feuillée,

Et c’est comme un chœur,
Pour ma fiancée,
Des voix de mon cœur.


Comme la neige, blanche, insigne,
Rit sur le plumage du cygne,
Sur tes dents luisantes, Phyllis,
Éclate et rit le blanc des lys.

Ô quels trilles gais de clochette
Quand ton rire, prodigue, jette
En vrai Crésus, à pleines mains,
L’argent d’hier et de demain !


Le feuillage éploré du saule
Égayé par lui se console
Dès qu’à son ombre il tinte clair,
Ruisselantes perles en l’air.

Si je l’ouïs, vite il m’embrase
Tel un feu de joie et, sans phrase,
C’est ta gaîté qui brûle ainsi
Mes fagots tristes de souci.


Ce soir, fleuri d’avril, où ton beau jardin tresse
Ses grappes de lilas sur le front du printemps,
Dans la pitié soudain nos deux cœurs palpitant
Se rapprochent émus et mieux que dans l’ivresse.

C’est qu’un petit enfant, aux bras d’une pauvresse,
Hâve et presque honteux d’être ainsi attristant,
Contre la grille passe et, douloureux, nous tend
Timide et gauche encor son geste de détresse.


D’où viennent-ils, hélas ! déguenillés, poudreux,
Harassés et mourant de faim, les miséreux ?…
Se peut-il qu’il y ait proche nous tant de peine !…

Mais te voyant si bonne, en leurs yeux luit l’espoir :
Le bon Dieu vous le rende ! et l’on dirait qu’à peine
Malheureux ils s’en vont, maintenant, dans le soir.


Parmi les roses azalées
En bordures, dans les allées,
Ô promener, jamais lassé,
Mon bras à sa taille enlacé !

Tandis que sa voix dit des choses
Musicales et comme roses,
Les heures fuyant à l’envi,
Aller ainsi, toujours ravi ;

Puis, sous la tonnelle où voisinent
Dans l’ombre et lilas et glycines,
Ô nous asseoir et me griser
Du miel aimé de son baiser !


Dans ton verger, l’été, souvent
Après la pluie, après le vent,
Quand, sous la brise,
Les gouttes d’eau tremblent aux fleurs,
Le soleil vient, fou de lueurs,
Qui les irise,

Et — parures du frais décor
Où la rose d’août saigne encor —
Des pierreries,
Vrais diamants aux feux changeants,
S’enflamment d’ors verts et d’argents :
Pures féeries !


Apparais-tu ! perles, rubis,
Topaze, à mes yeux éblouis,
Glissent des branches,
Épanchant sur tes noirs cheveux
Leur souriante averse : aveux
De clartés franches,

Et je jalouse, malgré moi,
Cette griserie en émoi
Des gouttelettes
Qui s’évaporent dans l’amour
De ton parfum choisi toujours :
Ô violettes !


Est-ce les lamelles en verre
D’un harmonica de bazar
Qu’un enfant joueur viendrait faire
Tinter ici, dis, par hasard ?

Non : c’est les flûtes, amoureuses,
Des bons crapauds s’interpellant
Qui carillonnent des berceuses ;
Et leur rythme s’en va galant.


Tu les croirais presque lointaines ?
Mais non ! elles sont au jardin,
Et proche la voix des fontaines
Alterne leur charme certain.

Écoute-les ! c’est l’heure douce
Où vers la nuit mon rêve aimé,
Inapaisé, comme elles, pousse
Ses soupirs de désir voilés.


Comme le soir descend dans une apothéose
Avec ses pourpres d’or jalouses de tes roses !…

Vers la nue, au couchant, vois, s’avance la nuit,
Et plus pâle est Phœbé près de Vénus qui luit.



Murmurez à nos amoureuses,
Pâles Nuits ! vos musiques lentes
(Concerts de strophes lumineuses
Qui disent en chœur des berceuses
À nos chimères chancelantes)
Vous qui brodez — sur quelles toiles
Aux sombres profondeurs pâmées —
Les mystérieuses étoiles
Dont les échos vibrent sans voiles
Dans les yeux de ma bien-aimée.


Et ce fut sur nos fronts toute une folle averse
D’étoiles qui filaient dans l’or de leur ivresse.

Tu faisais des souhaits et j’en faisais aussi,
Mais les tiens et les miens n’avaient qu’un seul souci ;

Quand tu disais : — Qu’il m’aime toujours. — Moi de même
Je disais : — Oh ! toujours que Marguerite m’aime !

Qu’il soit toujours heureux dans mes bras ! — Dans mes bras !
Heureuse puisse-t-elle être jusqu’au trépas !


D’étoiles en souhaits, l’heure fixait si vite !…
Il se fait tard, enfants ! il faut que l’on se quitte ;

Demain vous aurez tout loisir de vous revoir ;
Minuit sonne aux clochers de la ville. Bonsoir !

Et nous de réclamer quelques instants de grâce :
La nuit était si belle au bord de la terrasse !…

Déjà partir, Margot, quand demain est si loin !
Je te garde en mon cœur, le ciel en est témoin…

Et seul, je m’en allais, sous le vol des étoiles,
Le cœur plein des rayons d’un astre aussi sans voiles.


Ô l’ineffable rêve en ton cher paradis !…
Comme il s’évanouit le jour que, voix soudaine,
Nos fiers clairons, à l’Est, nous sonnèrent la haine
Du farouche ennemi rué sur le Pays !

Car c’était bien la Guerre et les maux qu’elle traîne
Avec son fol orgueil, ses espoirs, ses mépris,
Derrière les canons qui, déjà ! vers Paris
Roulaient à travers champs en Alsace et Lorraine,


Au fer qu’ils vomissaient au loin comme en un bruit
De tonnerre éclatant après l’éclair qui luit,
Mon angoisse s’émut de tes transes atroces…

Oui ! défendre le Sol menacé d’un danger !
Mais, las ! nous séparer avant l’heure des noces…
Et tes fleurs du jardin, ce jour vint les faucher.


Ma volonté s’épuisant à nos larmes
Je reste, là, dans tes bras sans pouvoir
Les délier ni répondre au devoir
Qui hautement m’appelle vers les armes ;

Et si je lutte encore quelquefois,
Plus suppliante et tenace et câline,
M’enlaçant mieux que tes bras, c’est ta voix
Qui me retient et sur ton cœur m’incline ;

Lors ton amour me sourit, triomphant
De voir ainsi défaillir à ses charmes
Tout mon vouloir ; car je demeure ! enfant…
Et l’heure meurt dans l’oubli des alarmes.


Nous étions au jardin ; un régiment passa :
Des mobiles d’ici — tambours, clairons en tête —
Qui partaient pour le Nord comme pour une fête !
Et je me trouvai lâche et mon sang se glaça…

Que ne suis-je avec eux parti ce beau jour-là !
Mon cœur ignorerait ce vent qui le soufflète
De vivaces regrets depuis que la défaite
Meurtrit notre Pays et de deuils le voila.


Pourquoi n’avoir pas dit : Il en est temps encore,
Ami ! vite, suis-les ; si tu pars, je t’adore !
Mais non, jalousement tu me veux tout à toi ;

Et comme je m’écrie en ma franche détresse :
Honte à qui, un tel jour, ne fait pas ce qu’il doit !
Ton baiser sur mon front endort une tristesse.


· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Et, là, pour mieux griser d’un parfum tout mon être,
Le doux miel de ta lèvre à ma lèvre si doux
Sent l’idéale la fleur dont mes désirs sont fous
Depuis qu’en ton jardin tu leur permis de naître.

Cette fleur — c’est la tienne ! — elle est comme en l’azur
De ma nuit une étoile au scintillement sûr
Guidant le rêve cher éclos de ma jeunesse ;

Au fond de son calice ouvert pour mon baiser
Si je vis d’y mourir — Seule que je connaisse !
Je meurs, extasié, d’y vivre et de l’oser.

(Extraits de Couleur du Temps.)


Vers la chapelle de la Vierge,
À Saint-Aphrodise, à minuit,
Parmi les fleurs, l’encens, les cierges,
Et l’orgue nuptial qui bruit,
Enfin ! l’amour vainqueur conduit
Les fiancés, et, rose et blanche,
Toute l’ivresse en eux s’épanche,

Et, sur leur front, c’est la douceur
Duveteuse de lentes ailes
Dont le long geste caresseur,

Éloignant avec quel beau zèle
Les durs soucis d’hier, décèle
L’aube attendue et la moisson
D’espoirs en fête à l’horizon.

Et, quand la voix du bon vieux prêtre
— Qui les baptisa — les unit,
Leurs yeux ravis voient apparaître,
Vision voisine du nid
Par l’église aujourd’hui bénit,
Les plants d’oliviers et la vigne
Que l’Écriture leur désigne :

La vigne souple aux grappes d’or,
Aux ceps ondoyants et fertiles ;
La vigne où l’eurythmie endort
En un doux bercement d’idylle
Les chagrins que l’heure distille ;
La vigne de vie et d’amour,
L’idéale vigne du jour ;


Et les plants d’oliviers si frêles,
Les jeunes plants tendres et purs
Où, sur leurs scions, se révèle
En un charme infini d’azur
La gaité de nos jours futurs ;
Les plants aimés, ors clairs et soie,
Les plants de nos meilleures joies.

Mais cette vision décroît
Dans la prière qu’on encense,
Et le bon vieux prêtre à leur doigt
Glisse l’anneau des alliances,
Ce pendant que monte, en silence,
Quelles voix ! au cœur des époux
Dont l’ange bleu semble jaloux.


Jusqu’aux poignets, en longue manche,
Et tenant les seins enfermé,
Ô la fine batiste blanche
Si tiède sur son corps aimé !

Ô le bonnet clair de dentelles
Emprisonnant ses cheveux noirs
Sauf deux bandeaux comme deux ailes
D’hirondelle en vol vers l’espoir !


Ô la pudeur de son œil tendre
S’inclinant toute, devers moi.
Comme une fleur pour mieux répandre
Son parfum brûlant et l’émoi !

Qu’elle nous fut, oh ! nuptiale,
L’heure pudique où, pour toujours,
De notre étreinte initiale
Fleurit mon beau jardin d’amour !


Le matin nuptial dorait notre sommeil
Quand, soudain m’éveillant, je retrouvai ma lèvre
Appuyée à ta lèvre ainsi que dans mon rêve,
Et je bénis le jour caressant et vermeil,

Ce tant espéré jour et charme sans pareil
D’une aube couronnant la fête de nos fièvres
Avec — pour oublier l’heure longue et si brève
Des hiers — ô le plus souriant des réveils !


Ta tête sur mon bras s’abandonne et repose,
Rose ta bouche exhale une haleine de rose,
Mais tes beaux yeux fermés ignorent mon désir

Qui, bien qu’impatient, reste craintif et n’ose
T’étreindre, ô femme aimée ! et se plaît à languir
Guettant l’instant que tes paupières soient décloses.

Lune de miel
Est bonne fille
Que l’heure habille
En arc-en-ciel.

Son disque annonce,
Clarté d’amour !
Les nouveaux jours
Fleuris, sans ronce.


Dans notre salle à manger

— À peine y peut-on bouger
Tant elle est petite, intime —
C’est le premier déjeuner :

Serrés, là, comme deux rimes,
L’un tout proche l’autre assis,
Mangeons-nous ? c’est pour la frime.

Si délicats et choisis
Que soient les mets, ils ne peuvent
Distraire nos chers soucis ;

Et le vin du cœur abreuve,
Et le pain des longs baisers
Nourrit cette heure si neuve.


Or pouvons-nous apaiser
Tant d’idéales fringales,
D’elles ne pas nous griser ?

Au loin les humeurs frugales
S’il fait, l’amour, tous les frais
Des dînettes conjugales !

Et, pour hors-d’œuvre, entremets,
Voici nos lèvres, nos joues :
Mangeons chaud et buvons frais !

Ô l’exquise chère !… avoue ?


Le Baedecker pris pour Guide,

L’époux aujourd’hui décide
Que vers l’Italie il faut
Voler au prochain rapide.

Aussitôt dit, aussitôt
Fait : la valise est bouclée
Et l’on part pour… Monaco !

Car — ô commune pensée ! —
La roulette y pourrait bien
Favoriser l’épousée ?

On jouera peu, presque rien,
Et, très prudent dans la perte,
Seul on risquera le gain.


Ô les jolis projets ! certe
De plus sages nul n’en fit ;
Mais le destin déconcerte

Qui nous roule et déconfit…
Adieu Florence et Venise !
L’argent du voyage est… frit !

Et comme il désorganise,
Étant ainsi, nos projets,
Nous rebouclons la valise

Pour un retour — pauvres geais
Déplumés de toutes plumes ! —
Loin du fâcheux trébuchet,

De Naple aussi, je présume…

 
C’est l’hiver, à la veillée.

Sous la lampe émerveillée
Des lueurs de tes cheveux.
Tu tires haut l’aiguillée.

Moi, fumant au coin du feu,
Je suis d’un œil combien tendre
Le va-et-vient de son jeu ;

J’aime en ce silence entendre
Sa voix soyeuse, la voix
Du charme qu’il sait répandre.

Mais cette aiguille en tes doigts,
Comme elle est laborieuse,
M’est un reproche parfois.


De mon humeur paresseuse
Et de honte rougissant,
Je t’imite alors, brodeuse :

À travailler je consens
Et près de toi viens écrire
 Des chants vagues et galants.

Comment devant ton sourire
Pourrais-je n’en trouver pas :
N’est-ce point lui qui m’inspire ?

Et, sous l’abat-jour, tout bas,
Ce pendant que je chantonne,
Mon rythme suit les ébats

De l’aiguille qui festonne.

 
Au cabinet de toilette

Seule, elle se décolette
Et peigne ses lourds cheveux
Parfumés de violette.

Et c’est l’instant que je veux
Voir ses bras nus dans la glace
Se lever, blancs et nerveux,

En ce geste plein de grâce
D’anses d’amphore ; ou, guidant
L’écaille qui ne se lasse,

Se baisser dans l’odorant
Et profond ruisseau d’ébène
Dont mon désir fou s’éprend.


Avec art elle en ramène
De longs flots et sur ses doigts
Les tord, les roule et sans peine

Les redresse hauts et droits
Pour les recourber en proue
Sur sa nuque où par endroits

Un frison rit et se joue
De l’épingle qui voudrait
L’emprisonner, mais échoue.

Or je sais, moi, le secret
Du frison rebelle : il aime
La caresse — ô l’indiscret !

D’un fin duvet que, moi-même
Pris à ses doux lacs d’amour,
Sur ton cou — divin poème,

Je voudrais baiser toujours.

 
Au piano j’improvise.

Elle, à mes côtés assise,
Brode tout en écoutant
La mélodie indécise

Dont je ne sais par instants
Fixer les fugaces lignes ;
Le vent en emporte autant !

Et, d’une façon indigne,
Je râtelle au moins cent fois
Le motif que tient la guigne ;

Et des doigts et de la voix
Je m’entraîne, je m’escrime,
Tape, crie et c’est… l’effroi !


L’inspiration, sans rime
Ni raison, boude aujourd’hui ;
Le noir mal-en-train m’opprime,

C’est, dans mon esprit, la nuit !
Néanmoins je ne me lasse
De poursuivre mon vain bruit :

Un air à l’autre s’enlace
Mais sans relief, sans effet ;
Le vide au vide fait place !

Lors craignant que ces essais
Ne rendent Margote folle,
Très découragé je vais

Vers elle qui me console.

 
Souriant à nos vingt ans

Le retour du vert printemps
Fleuri de grâces nouvelles,
De jolis airs compétents,

Bleuit le ciel ; et, vers
Elle, L’aile des brises, ainsi
Que vole un amoureux zèle,

Porte les parfums aussi
Des roses et blancs pétales
Éclos en mon cher souci.

Devant un tel vol détale
Tout gel morose ou chagrin
Et ce serait un scandale


Si, fausse note ou crincrin,
De quelque mélancolie
S’attardait le sot refrain.

Oh ! celui de nos folies,
Chère, ne détonne pas
Dans ce concert qui nous lie :

Entends le bleu des lilas !
Comme il s’accorde à ton rire ;
Le blanc du lys prend son la,

L’œillet rouge s’en inspire.


Suivant le temps et selon

Notre guise, nous allons
Sur les bords de l’Orb, à l’ombre
Des platanes, tout le long

De l’eau verte où si bien sombre
Le nostalgique souci
Dont ma joie ici s’encombre :

Si le souvenir ainsi
Du lointain Paris-artiste
Encor malgré moi me suit,

Là je l’oublie où persiste
La trace du doux passé
De mon enfance optimiste.


Au Pont-rouge, en ai-je assez
Fait des classes buissonnières !…
Ô mes jeux et quels lacets

Placés près de la rivière
Pour attraper les oiseaux
Que jalousait ma volière !

Et mes flûtes de roseaux
Prises à la berge même !
Mes baignades ! mes canots !…

Or, comme tu sais que j’aime
Ces lourds ombrages exquis,
Sans feinte ni stratagème

Tu t’y plais et m’y conduis.

 
Fi ! des villes de province…

Leurs plaisirs sont par trop minces !
Et nous écoutons, le soir,
La girouette qui grince

Au toit bleu de nos espoirs.
Attendant que le vent souffle
D’un prompt départ sans surseoir.

Et, le pied dans la pantoufle
Sur les chenets, cheminant,
Je marche et cours et m’essouffle

T’emmenant incontinent
Vers le Paris de nos rêves :
Vois, comme il est rayonnant !


Et j’énumère ses grèves,
Ses palais, ses beaux jardins,
Ses fêtes, ses heures brèves.

Quand partirons-nous ? Demain !
Et c’est ainsi que, ma belle,
Nous montâmes dans le train

Qui, presque d’un seul coup d’aile,
T’emporta — c’était fatal !
Parisienne nouvelle,

Loin du vieux Béziers natal.

 

C’est l’arrivée à Paris !

Le matin, sur le ciel gris,
Panaches des cheminées,
Comme un fier paraphe inscrit,

Ô vois, les grises fumées
Des usines s’approcher,
Laborieuses nuées.

Dans son clair brouillard léger,
Gaze à peine bleue et rose,
La Ville, immense rucher

Qui jamais ne se repose,
S’enveloppe et lentement
S’épanouit, grandiose !

 
Elle nous attire, aimant
Irrésistible et aimé.
En nos cœurs quels battements

Quand ses dômes embrumés
De si loin nous apparurent,
Et ses clochers effilés,

Et la Seine qui l’azure
De son ruban serpentin,
Ses quais, ses ponts, ses verdures !

Inoubliable matin !

 

ÀMontmartre où l’on s’installe

La même humeur conjugale
Nous accompagne et sourit
Au bruit de la Capitale.

Sonnant la vie et l’esprit,
Là-bas et sous nos fenêtres
À toute heure sans répit,

Ô ce bruit !… il est le maître
De nos intimes pensers ;
À l’entendre on sent renaître

En soi les sons cadencés
De l’Idée et des Musiques
Qu’on y croyait trépassés,

Et nul mieux que lui n’implique
Le bon réveil absolu
Des volontés esthétiques !

Bel artiste chevelu,
De lui je m’enthousiasme
Et chaque jour un peu plus

Sans craindre les froids sarcasmes
Des bourgeois fiers et jaloux
Du provincial marasme.

L’entends-tu ce bruit qui nous
Enveloppe dans sa ronde ?
C’est Paris en ses remous

Qui chante et ricane et gronde.


Dans l’avenir plein de foi,

Je te parle maintes fois
De mes desseins, de mes rêves,
Des succès que j’entrevois :

— « Je travaillerai sans trêve,
Et, pour te plaire, si bien
Qu’avant peu, de simple élève

Artiste-musicien,
Je veux devenir un maître
Digne des Maîtres anciens. » —

Et les beaux projets de naître,
Lieds, symphonie, opéras
Qui tôt me feront connaître…

— « Tu verras, oui, tu verras !
Et demain, de moi, plus fière,
Plus encor tu m’aimeras. »

Tralala, lonla, lonlaire,
Grands songes où êtes-vous ?
Dans les vieilles lunes claires ;

Car me voici, pauvre fou !
Bien loin de vos belles fêtes,
Rêves ! dont j’étais jaloux

Avant que d’être Poète.

Pour toi, Margot, rien que pour toi,
J’ai construit un nid sous mon toit,
Un doux nid tout chaud de tendresse,
De bonne joie et de caresse,
Où ton cœur n’aura jamais froid.
 
Tiens ! regarde avec quel beau zèle,
L’amour m’ayant ouvert son aile
D’où neigeait un duvet soyeux,
J’ai tendrement garni le creux
De ce nid, pour tes jours fidèles.


Tu m’illuminas Paris
D’un sourire, et, mieux encore
Je fus de ta grâce épris,
Car, plus vifs, je vis éclore,
— Parfumée et claire flore
Des doux rêves de mon choix —
Tous tes charmes à la fois.

Et nulle déconvenue
Ne nous vint quand, envolé,
S’enfuyait dessus la nue
Notre amour comme un follet :
Savions-nous pas qu’aux volets
De nos cœurs, frappant de l’aile,
Vite il reviendrait fidèle ?

Or voici trente ans passés
Que son cher manège dure
N’ayant jamais vu lassés
Pour moi ta tendresse pure,
Ni mes désirs, je te jure,
Comme au premier jour vers toi
Sous ton balcon d’autrefois.

Et c’est lui qui nous assiste,
En pleurs, malheureux amour,
Alors que hélas ! l’heure triste
(Chacun l’ouït à son tour ! )
Sonne, assombrissant le jour,
Comme elle tinte aux paroisses
Son glas noir de nos angoisses.

Car survinrent les grands deuils,
Ô larmes des père et mère !
Sur de tout petits cercueils
Ô ces roses funéraires,

Et leur blancheur trop amère,
Et tant de rêves défunts....
Dans la chambre, ô quels parfums !
 
Malgré qu’elle soit vivace
Et bien chère, la douleur,
Le temps qui passe l’efface ;
 À la longue, adieu les pleurs !
Mais il reste en nous tes fleurs,
Ô souvenir des tristesses
Que notre âme encor caresse.
 
Il reste aussi dans le nid.
Pour le consoler de celle
Que, las ! le ciel nous reprit,
Trois oiselles et leurs ailes
Et leur gai babil d’oiselles
Comme les sources en ont :
Jane, Totty-tott’, Manon.

Ô leur petit front baissé
Sur le livre, dans la classe
Où, chantonnant l’A B C
Avec elles, je délasse
Mon humeur — si ne l’agace
Leur étourderie en vain
Réprimée ici sans fin.

Et c’est leur course, au parterre,
Au parc de Fontainebleau,
Qu’avec grand’peine on modère
Derrière les hauts cerceaux ;
C’est leurs gambades, leurs sauts
De gamines presque grandes
En forêt parmi les brandes.

C’est au piano leurs doigts,
Oh ! déjà de jeune fille !
Leurs doigts véloces, adroits ;
Ou c’est leurs travaux d’aiguille

Au jardin sous la charmille ;
C’est leurs pinceaux, leurs couleurs
Peignant bêtes, gens et fleurs.

Les voilà Communiantes,
Cierge à la main, voile blanc,
En leur grâce édifiante
Marchant d’un pas grave et lent
Et le cœur pieux tremblant
D’une ferveur où s’applique
Leur allégresse mystique.

Comme il vient vite le jour
Que nous devons, fiancées
Les voir, souriant d’amour,
Revêtir par la pensée
Leur robe de mariée,
Leur seconde robe en blanc
Qui nous fait gais et dolents !

L’une après l’autre déserte
Le nid… « Oh ! n’allez pas loin !
Notre amour serait inerte
Sans vous, enfants, sans vos soins.
Vos voix, dont il a besoin,
Venez les lui faire entendre
Si consolantes, si tendres. »

Et nous voici maintenant
L’âme un peu mélancolique
Et le cheveu grisonnant ;
Mais le devoir point n’abdique
Qui nous veut, tel un distique
Bien rimant, unis, mon cœur !
Dans la joie et la langueur.

Il nous veut aussi, mon âme !
Agenouillés devant Dieu
Qui créa la double flamme
D’un amour mélodieux

Comme les harpes des cieux
Et sur notre vie entière
En fit vibrer la lumière.

Pour tant de bonheur permis
À côté de quelques peines,
Pour tous nos songes amis
D’ingénuités sereines,
Pour cette coupe enfin pleine
De votre bon miel béni,
Merci, Seigneur ! pour mon nid.

Nos cœurs ailés comme le son
Des douces cloches vespérales,
Devant le glas du jour qui râle
Volent plus haut sur l’horizon.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Sans nuages, ma chère, encore
Les couchants ont des feux d’aurore.

(Extraits de Couleur du Temps.)


Si les hiers furent cléments et, jusqu’au faîte,
Vinrent fleurir ainsi la maison des époux,
Dites, que serez-vous, lendemains de leur fête,
Lendemains incertains ! dites, que serez-vous ?

Serez-vous, oh ! la joie ou bien, hélas ! la peine,
Et nos cœurs devront-ils vous subir inclinés
Sous le faix du malheur ou, devant votre aubaine,
Se réjouir debout de leurs jours fortunés ?

Dites, que serez-vous ? notre aile est inquiète.
Ô ce bonheur uni et si calme et si long,
Entier gardez-le nous, faites qu’il ne s’émiette…
Pitié pour l’âme qui vibre en mon violon.


Pitié pour l’âme qui vibre en mon violon !
Donnez-lui l’espérance encore et que, peut-être,
Puisse en elle chanter l’écho d’un carillon
Autrefois entendu sous de chères fenêtres ;

Que de même, aux parfums d’un jardin ancien
Grisant de souvenirs toutes heures nouvelles,
Elle puisse goûter le charme des liens
Qui, non mystérieux, enchaînèrent ses ailes ;

Et, des pampres jadis sur un balcon joli
En treilles se penchant vers le front de l’aimée,
Versez-lui l’ombre douce et fraîche qu’elle élit
Pour, à l’heure éternelle, y dormir protégée.


Pour, à l’heure éternelle, y dormir protégée
Par tout un long passé de zèle continu,
Cette âme, ô lendemains, rêve d’un apogée
Où son amour toujours planerait ingénu.

Sur lui, si pur, veillez et qu’ainsi rien n’en trouble
Durant les quelques jours de sa durée encor
Ni la sérénité, ni l’allégresse double
De sa tendre harmonie au si parfait accord.

C’est peu vous demander, en somme, et c’est justice
Puisqu’elle se complut au geste de bonté,
Souffrant aux maux d’autrui, parfois consolatrice,
Éprise d’idéal et de sincérité.
 


Éprise d’idéal et de sincérité
Sa voix hier chantante ou plaintive ou joyeuse
Se pourrait-il qu’elle ait du ciel démérité
Et que Dieu la voulût, vers sa fin, malheureuse ?…

Elle n’ignore pas qu’ici bas rien ne dure,
Aussi qu’après la joie une tristesse est là
Qui souvent lui succède et, sans pitié, torture.
Tout cela, la pauvre âme, elle le sait, hélas !

Et voilà ses raisons d’être tant inquiète…
Elle fut trop heureuse et demain lui fait peur.
Ô quels vents souffleront ? calme brise ou tempête ?
Souriras-tu, mon âme, ou verrai-je tes pleurs ?


Souriras-tu, Margot ! ou verrai-je tes pleurs ?
Mais non ! pourquoi la crainte ici m’envahit-elle ?
Gardons notre espérance et cueillons-en les fleurs ;
Il en reste à foison dans ton jardin fidèle.

Et si vient la vieillesse avec l’âge sournois
Poudrant nos fronts de neige et les sculptant de rides,
Nous lui raconterons qu’au balcon d’autrefois,
Sous la vigne jolie et le ciel bleu splendide,

Nous fîmes le serment de nous aimer toujours !
Et nos cheveux peuvent blanchir tout à leur aise,
Qu’importe ! si le temps conserve à notre amour
Sa vive couleur rose et son parfum de fraise.