Demain ! demain !
Combien vide, lente, médiocre chaque journée vécue !
Combien peu de traces elle laisse après elle ! Combien
d’heures dépourvues de sens et d’idéal s’en sont allées
l’une après l’autre !
Et cependant on veut vivre, on chérit la vie, on met
son espoir en elle, en soi-même, en l’avenir. Oh ! quels
bonheurs on attend de l’avenir !
Mais pourquoi donc te figures-tu que les autres journées,
celles qui viennent, ne ressembleront pas à la journée
que tu viens de vivre ?
Cela, tu ne l’imagines pas. On n’aime pas à penser. et
l’on a bien raison.
« Demain, demain viendra », voilà ce qui console, jusqu à ce que ce demain vous pousse dans la tombe.
Et, une fois dans la tombe, il te faudra bien finir de
penser à demain.
Mai 1879.