Chanson XII
CHANSON XII et dernière.
Nahandove, ô belle Nahandove !
L’oiseau nocturne a commencé ses cris,
la pleine lune brille sur ma tête, et la
rosée naissante humecte mes cheveux.
Voici l’heure ; qui peut t’arrêter, Nahandove,
ô belle Nahandove !
Le lit de feuilles est préparé ; je l’ai
parsemé de fleurs et d’herbes odoriférantes ;
il est digne de tes charmes,
Nahandove, ô belle Nahandove !
Elle vient. J’ai reconnu la respiration
précipitée que donne une marche rapide ;
j’entends le froissement de la pagne qui
l’enveloppe ; c’est elle, c’est Nahandove,
la belle Nahandove !
Reprends haleine, ma jeune amie ;
repose-toi sur mes genoux. Que ton regard
est enchanteur ! Que le mouvement
de ton sein est vif et délicieux sous la
main qui le presse ! Tu souris, Nahandove,
ô belle Nahandove !
Tes baisers pénètrent jusqu’à l’ame ;
tes caresses brûlent tous mes sens ; arrête,
ou je vais mourir. Meurt-on de
volupté, Nahandove, ô belle Nahandove !
Le plaisir passe comme un éclair. Ta
douce haleine s’affoiblit, tes yeux humides
se referment, ta tête se penche
mollement, et tes transports s’éteignent
dans la langueur. Jamais tu ne fus si belle,
Nahandove, ô belle Nahandove !
Que le sommeil est délicieux dans les
bras d’une maîtresse ! moins délicieux
pourtant que le réveil. Tu pars, et je vais languir dans les regrets et les désirs.
Je languirai jusqu’au soir. Tu reviendras
ce soir, Nahandove, ô belle Nahandove !
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