Chanson X

by Évariste de Forges de Parny (1753–1814) French

Où es-tu, belle Yaouna ? Le roi s’éveille,
sa main amoureuse s’étend pour
caresser tes charmes ; où es-tu, coupable
Yaouna ? Dans les bras d’un nouvel
amant, tu goûtes des plaisirs tranquilles,
des plaisirs délicieux. Ah ! presse-toi de
les goûter ; ce sont les derniers de ta vie.

La colère du roi est terrible. — Gardes,
volez, trouvez Yaouna et l’insolent qui
reçoit ses caresses.

Ils arrivent nus et enchaînés. Un reste
de volupté se mêle dans leurs yeux à la
frayeur. — Vous avez tous deux mérité
la mort, vous la recevrez tous deux.
Jeune audacieux, prends cette zagaye,
et frappe ta maîtresse.

Le jeune homme frémit ; il recula
trois pas, et couvrit ses yeux avec ses
mains. Cependant la tendre Yaouna
tournoit sur lui des regards plus doux
que le miel du printems, des regards
où l’amour brilloit au travers des larmes.
Le roi furieux saisit la zagaye redoutable,
et la lance avec vigueur. Yaouna
frappée chancelle ; ses beaux yeux se
ferment, et le dernier soupir entr’ouvre
sa bouche mourante. Son malheureux
amant jette un cri d’horreur ; j’ai entendu
ce cri, il a retenti dans mon ame, et
son souvenir me fait frissonner. Il reçoit
en même tems le coup funeste, et
tombe sur le corps de son amante.

Infortunés ! dormez ensemble, dormez
en paix dans le silence du tombeau.

Source: Wikisource

More poems by Évariste de Forges de Parny

All poems by Évariste de Forges de Parny → · More French poems →