Chansons madécasses/Chanson IX

by Évariste de Forges de Parny (1753–1814) French

CHANSON IX

Une mère traînoit sur le rivage sa fille
unique, pour la vendre aux blancs.

Ô ma mère ! ton sein m’a portée, je
suis le premier fruit de tes amours ;
qu’ai-je fait pour mériter l’esclavage ?
J’ai soulagé ta vieillesse ; pour toi j’ai
cultivé la terre, pour toi j’ai cueilli des
fruits, pour toi j’ai fait la guerre aux
poissons du fleuve ; je t’ai garanti de la
froidure ; je t’ai portée, durant la chaleur,
sous des ombrages parfumés ; je
veillois sur ton sommeil, et j’écartois de
ton visage les insectes importuns. Ô ma
mère ! que deviendras-tu sans moi ?
L’argent que tu vas recevoir ne te donnera pas une autre fille. Tu périras
dans la misère, et ma plus grande douleur
sera de ne pouvoir te secourir. Ô
ma mère ! ne vends point ta fille unique.

Prières infructueuses ! Elle fut vendue,
chargée de fers, conduite sur le vaisseau ;
et elle quitta pour jamais la chère
et douce patrie.

More poems by Évariste de Forges de Parny

All poems by Évariste de Forges de Parny →