Tout cela qui sent l’homme à mourir me convie
- Tout cela qui sent l'homme à mourir me convie,
- En ce qui est hideux je cherche mon confort :
- Fuyez de moi, plaisirs, heurs, espérance et vie,
- Venez, maux et malheurs et désespoir et mort !
- Je cherche les déserts, les roches égarées,
- Les forêts sans chemin, les chênes périssants,
- Mais je hais les forêts de leurs feuilles parées,
- Les séjours fréquentés, les chemins blanchissants.
- Quel plaisir c'est de voir les vieilles haridelles
- De qui les os mourants percent les vieilles peaux :
- Je meurs des oiseaux gais volants à tire d'ailes,
- Des courses de poulains et des sauts de chevreaux !
- Heureux quand je rencontre une tête séchée,
- Un massacre de cerf, quand j'oy les cris des faons ;
- Mais mon âme se meurt de dépit asséchée,
- Voyant la biche folle aux sauts de ses enfants.
- J'aime à voir de beautés la branche déchargée,
- À fouler le feuillage étendu par l'effort
- D'automne, sans espoir leur couleur orangée
- Me donne pour plaisir l'image de la mort.
- Un éternel horreur, une nuit éternelle
- M'empêche de fuir et de sortir dehors
- Que de l'air courroucé une guerre cruelle
- Ainsi comme l'esprit, m'emprisonne le corps !
- Jamais le clair soleil ne rayonne ma tête,
- Que le ciel impiteux me refuse son oeil,
- S'il pleut qu'avec la pluie il crève de tempête,
- Avare du beau temps et jaloux du soleil.
- Mon être soit hiver et les saisons troublées,
- De mes afflictions se sente l'univers,
- Et l'oubli ôte encore à mes peines doublées
- L'usage de mon luth et celui de mes vers.