Sur un miroir

by Louis d’Épinay d’Ételan (1604–1644) · 1624 French



Miroir, peintre et portrait qui donnes, qui reçois,
Qui portes en tous lieux avec toi mon image,
Qui peux tout exprimer, excepté le langage,
Et pour être animé n’as besoin que de voix,

Tu peux seul me montrer, quand chez toi je me vois,
Toutes mes passions peintes sur mon visage ;
Tu suis d’un pas égal mon humeur et mon âge,
Et dans leurs changements jamais ne te déçois.

Les mains d’un artisan au travail obstinées
Ne font péniblement que dans plusieurs années
Un portrait qui ne peut ressembler qu’un instant :

Mais toi, peintre brillant, ton art inimitable
Offre sans nul effort un ouvrage inconstant,
Qui ressemble toujours et n’est jamais semblable.



À propos de ce poème

« Sur un miroir » est un sonnet de Louis d’Épinay d’Ételan (1604–1644), poète du début du XVIIe siècle, publié dans les recueils collectifs de l’époque.

Le poète s’adresse au miroir comme à un peintre qui ne serait jamais trompé : il montre toutes les passions du visage et suit l’âge pas à pas. La pointe finale oppose ce « peintre brillant » aux artisans : le portrait d’un peintre ne ressemble qu’un instant, tandis que le miroir offre une image « qui ressemble toujours et n’est jamais semblable ». Ce jeu sur l’inconstance est typique de la poésie baroque.