• Le coeur tremblant, la joue en feu,
    J'emporte dans mes cheveux
    Tes lèvres encore tièdes.
    Tes baisers restent suspendus
    Sur mon front et mes bras nus
    Comme des papillons humides.
    Je garde aussi ton bras d'amant,
    Autoritaire enlacement,
    Comme une ceinture à ma taille.

  • Choisis-moi, dans les joncs tressés de ta corbeille,
    Une poire d'automne ayant un goût d'abeille,
    Et dont le flanc doré, creusé jusqu'à moitié,
    Offre une voûte blanche et d'un grain régulier.
    Choisis-moi le raisin qu'une poussière voile
    Et qui semble un insecte enroulé dans sa toile.
    Garde-toi d'oublier le cassis desséché,
    La pêche qui balance un...

  • Que ton fruit de sang qui loge en mon sein
    Soit pareil, amour, à ton être humain,
    Que le petit nid ombreux qui se ferme
    Pour envelopper et mûrir le germe
    Sente remuer ta plus jeune enfance
    Comme elle le fit dans l'avant-naissance
    Au flanc maternel en un temps lointain.
    Et que ce soit toi, dans mon doux jardin,
    Ô mon bien-aimé, qui bouges,...

  • Une lente voix murmure
    Dans la verte feuillaison ;
    Est-ce un rêve ou la nature
    Qui réveille sa chanson ?
    Cette voix dolente et pure
    Glisse le long des rameaux :
    Si fondue est la mesure
    Qu'elle se perd dans les mots,
    Si douces sont les paroles
    Qu'elles meurent dans le son
    Et font sous les feuilles molles
    Un mystère de chanson....

  • Nature, laisse-moi me mêler à ta fange,
    M'enfoncer dans la terre où la racine mange,
    Où la sève montante est pareille à mon sang.
    Je suis comme ton monde où fauche le croissant
    Et sous le baiser dru du soleil qui ruisselle,
    J'ai le frisson luisant de ton herbe nouvelle.
    Tes oiseaux sont éclos dans le nid de mon coeur,
    J'ai dans la chair le goût précis...

  • Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici
    L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi
    Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,
    Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage
    Sur sa voûte où se fond la clarté d'un vitrail ;
    La brume des terrains rôde autour du bétail
    Et parfois le soleil que le brouillard efface
    Est rond comme la lune aux marges...

  • Enfant, pâle embryon, toi qui dors dans les eaux
    Comme un petit dieu mort dans un cercueil de verre.
    Tu goûtes maintenant l'existence légère
    Du poisson qui somnole au-dessous des roseaux.

    Tu vis comme la plante, et ton inconscience
    Est un lis entr'ouvert qui n'a que sa candeur
    Et qui ne sait pas même à quelle profondeur
    Dans le sein de la terre il...

  • Peut-être serai-je plus gaie
    Quand, dédaigneuse du bonheur,
    Je m'en irai vieille et fanée,
    La neige au front et sur le coeur :

    Quand la joie ou les cris des autres
    Seront mon seul étonnement
    Et que des pleurs qui furent nôtres
    Je n'aurai que le bavement.

    Alors, on me verra sourire
    Sur un brin d'herbe comme au temps
    Où sans...

  • Je t'ai écrit au clair de lune
    Sur la petite table ovale,
    D'une écriture toute pâle,
    Mots tremblés, à peine irisés
    Et qui dessinent des baisers.
    Car je veux pour toi des baisers
    Muets comme l'ombre et légers
    Et qu'il y ait le clair de lune
    Et le bruit des branches penchées
    Sur cette page détachée.

  • Ô mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main,
    Je dirai : j'ai pétri ce petit monde humain ;
    Sous ce front dont la courbe est une aurore étroite
    J'ai logé l'univers rajeuni qui miroite
    Et qui lave d'azur les chagrins pluvieux.
    Je dirai : j'ai donné cette flamme à ces yeux,
    J'ai tiré du sourire ambigu de la lune,
    Des reflets de la mer, du velours de la prune...