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    Je sais combien vaine est l’image
    Que l’illusion du décor
    Prête au fantastique nuage,
    Dans le lointain des couchants d’’or ;

    Je sais pourquoi la lune est pâle
    Et pleure des bonheurs enfuis,
    Ainsi qu’une larme d’opale,
    Dans le lointain des tristes nuits ;

    De l’abîme écartant les voiles,
    Je puis lire, en lettres de feu,
    Qu’il...

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    Comme des oiselets fuyant les avalanches
    Et sous la tendre mousse abritant leur duvet,
    À son premier repos le Bébé réchauffait
    Ses pieds roses blottis dans le nid des mains blanches.

    Front sublime incliné sur l’aurore de Dieu,
    La Vierge contemplait le sommeil ineffable
    Du nouveau-né promis au monde misérable,
    Et qui tremblait de froid dans la...

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    Les derniers visiteurs sortaient du cimetière.
    C’était à l’heure calme où le soleil s’endort :
    Avant de s’engloutir dans son lit de lumière,
    Il avait embrasé le ciel de Thermidor.

    Le saule que Musset réclama sur sa pierre
    Épanchait de verts pleurs au sein des rayons d’or,
    Et le chant d’un bouvreuil, ainsi qu’une prière
    Pour les ensevelis,...

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    Cartier ! tu combattis toujours franc et sans dol ;
    La majesté du temps sur ton rêve est passée ;
    L’avenir connaîtra ta profonde pensée,
    Car dans l’azur des cieux ta gloire a pris son vol !

    Maintenant que l’Histoire a flagellé l’Envie
    Dont la lèvre hideuse affligea ta fierté,
    Élève sur l’autel de la postérité,
    En leçon pour nos fils, l’exemple...

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    Vous portiez à ce bal les deux plus belles roses ;
    En les entrelaçant dans l’or de vos cheveux,
    Naïf, je leur avais confié les aveux
    Lâchement retenus entre mes lèvres closes.

    Vous en avez flétri l’éphémère splendeur
    Dans l’étourdissement des valses enivrantes,
    Et leur âme a mêlé ses ondes odorantes
    Aux sons harmonieux du violon rêveur.

    ...
  • Le soleil moribond ensanglantait les flots,
    Et le jour endormait ses suprêmes échos.
    La brise du Surouet roulait des houles lentes.
    Dans mon canot d’écorce aux courbes élégantes,
    Que Paul l’Abénaquis habile avait construit,
    Je me hâtais vers Tadoussac et vers la nuit.
    À grands coups cadencés, mon aviron de frêne
    Poussait le « Goéland » vers la rive...

  • J’errais seul, à minuit, près de la pauvre église.
    À la lueur de mon flambeau, je pouvais voir
    Les bords de l’estuaire où dansait le flot noir,
    Et le petit clocher que le temps solennise.

    Quelle nuit ! Le Surouet grondait dans les bouleaux,
    Geignait le long des murs du temple séculaire,
    Et, fraternel, entre les croix du cimetière,
    Sur les tombes sans...

  • Et le Chef m’apparut devant la vieille église.
    Un haut panache blanc ornait sa tête grise.
    Il s’approcha de moi, lent et majestueux.
    Mes sens m’ont-ils trompé, dans cette affreuse veille ?
    Non ! Il était bien là : je l’ai vu de mes yeux,
    Et sa voix d’outre-tombe a frappé mon oreille :

    ― Moi non plus, ô vivant, je ne t’ai pas compris,
    Mais je t’ai vu...

  • Un vent faible soufflait après l’âpre tempête.
    J’aperçus, en doublant le dangereux rocher,
    Deux anges qui tournaient au-dessus de ma tête ;
    Peu à peu, je les vis du canot s’approcher.

    L’un tenait son index en croix avec sa lèvre.
    Bien qu’il trahît l’ardeur d’une mystique fièvre,
    Son regard tourmenté pour l’âme était muet ;
    En vain j’y voulus lire un...

  • Fronton vertigineux dont un monde est le temple,
    C’est à l’éternité que ce cap fait songer :
    Laisse en face de lui l’heure se prolonger
    Silencieusement, ô mon âme, et contemple !

    Défiant le calcul, au sein du fleuve obscur
    Il plonge ; le miroir est digne de l’image.
    Et quand le vent s’endort au large, le nuage
    Couronne son front libre au pays de l’...