Des-ja les deux guerrers, pleins d’une belle audace,
L’un à l’autre opposez sont aux bouts de la place.
Ils fondent l’un sur l’autre, à chevaux élancez,
En mesurant le coup de leurs bois abbaissez.
Ils roidissent tous deux leurs forces ramassées,
Se heurtent, et du choc leurs lances sont froissées.
Nul ne semble ébranlé de ces rudes efforts :
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Clovis avoit passé la plus triste des nuits,
Abbatu de travaux, de veilles, et d’ennuis ;
Et couché sous des pins, dans un morne silence
Voyoit du foible jour l’insensible naissance.
Il entend Aquilon dans les bois écarté,
Qui d’un hannissement salüoit la clarté,
D’un pas libre paissant et sans mords et sans bride :
A qui l’herbe et la nuit,... -
Cependant les demons, dont la rage indomptée
Void que du grand Clovis l’ame est trop irritée
Contre ses dieux trompeurs, chimeres des enfers,
Et que rien ne peut plus l’arrester dans leurs fers ;
Au camp victorieux, sous differens visages,
Viennent des plus grands chefs émouvoir les courages :
Blasment l’amour du roy par des murmures sourds :
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Clovis par les costaux, par les routes des bois,
Cherchoit à rallier les francs et les gaulois.
Par tout il void de loin leur desordre et leur fuite.
Il n’a plus que huit chefs, pour sa fidele suite,
Qui malgré le desastre animent leur valeur,
Voyant le cœur du roy plus grand que son malheur.
Il rencontre une troupe, et Volcade le traistre,
Qui... -
Par les croupes du mont, le prince valeureux
S’avance avec ses chefs vers le rocher heureux :
Et la crainte qu’il sent d’une seconde perte,
Réveille la douleur qu’il a long-temps soufferte.
Il découvre Arismond, assis sous un ormeau :
Et desja redoutoit un desastre nouveau,
Quand il void la princesse en terre prosternée,
Priant pour le succes... -
Desja de toutes parts la prompte renommée
Répandoit les exploits de la vaillante armée ;
Et l’estonnant progres du prince des françois,
Remplissoit de terreur les cœurs des plus grands rois.
Alaric son rival, redoute la tempeste
Qui doit dans peu de mois éclater sur sa teste.
Et le sage Thierry, regnant sur les romains,
Sent que son sceptre... -
L’astre dont les rayons dorent tout l’univers,
Rendoit le jour aux champs de tenebres couverts ;
Et la nuit, en fuyant sa lumiere feconde,
Alloit de son grand voile obscurcir l’autre monde.
Clotilde, par son zele eloquent et pieux,
Veut destruire par tout l’empire des faux dieux ;
Visite les captifs ; et d’un cœur charitable,
Tasche à consoler... -
La nuit qui fit son cours avant ce jour fameux,
Pour commencer la pompe alluma tous ses feux.
Et la lune, aux apprests fournissant sa lumiere,
Parut en leur faveur plus lente en sa carriere.
Chacun dans le travail monstre une mesme ardeur :
Et le monarque pense à preparer son cœur.
Pour luy, sa sainte epouse à son dieu se presente.
L’amour rend... -
Le soir de ce grand jour, les francs et les gaulois,
Unis sous mesme foy, comme sous mesmes loix,
Pour mieux bénir le ciel de sa grace recente,
Joignirent les transports de leur joye innocente.
De celestes faveurs le grand prince comblé,
S’en ressent dans son ame heureusement troublé.
Enfin le doux repos, apres ses longues veilles,
Succede à la... -
Le camp des goths battu du pluvieux orage,
Prés des feux se ressuye à l’abry d’un bocage,
Tandis qu’avec ses chefs, sur un mont écarté,
Leur roy void le françois par le fleuve arresté.
Comme un loup prés d’un bois, asseuré dans sa fuite,
Des pasteurs éloignez méprise la poursuite,
S’arreste glorieux, tourne ses yeux hagards,
Et sur eux jette...