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    Dans les temps qu’j’allais à l’école,
    ― Oùsqu’on m’vouèyait jamés bieaucoup, ―
    Je n’voulais pâs en fout’e un coup ;
    J’m’en sauvais fér’ des caberioles,
    Dénicher les nids des bissons,
    Sublailler, en becquant des mûres
    Qui m’barbouillin tout’la figure,
    Au yeu d’aller apprend’ mes l’çons ;
    C’qui fait qu’un jour qu’j’étais en classe,
    (...

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    Gueux, qu’avions-nous jusqu’à ce jour ?
    — De l’or, pas un sou ! Du sol, pas un pouce !
    Notre âge nous livre l’amour,
    Blond trésor et vigne aux vendanges douces !
    Mais voici qu’on veut nous voler
    Trois ans d’un bonheur éclos hier à peine.
    Et voici qu’on veut affubler
    Nos tendres vingt ans d’oripeaux de haine !
     ...

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    Je suis à poil et cependant
    Je ne suis pas chez ma voisine
    Sur moi la toise en descendant
    A fait un bruit de guillotine
    Et voici monsieur le major
    Être doux comme le tonnerre
    Qui me palpe et me palpe encore
    D'un geste de vétérinaire

    Refrain...

  • Il était une fois un gars si laid, si laid
    Et si bête ! qu'aucune fille ne voulait
    Lui faire seulement l'aumône d'un sourire ;
    Or, d'avoir trop longtemps souffert l'affreux martyre
    De ne pas être aimé lorsque chante l'amour,
    Le pauvre gars s'en vint à mourir un beau jour...
    On l'emmena dormir au fond du cimetière,
    Mais, son âme, un Avril, s'échappa de...

  • (Légende du Moyen Age)

    Le beau chevalier était à la guerre...
    Le beau chevalier avait dit adieu
    A sa dame aimée, Anne de Beaucaire
    Aux yeux plus profonds que le grand ciel bleu.

    Le beau chevalier, à genoux près d'elle,
    Avait soupiré, lui baisant la main :
    " Je suis tout à vous ! soyez-moi fidèle ;
    A bientôt !... je vais me mettre en chemin...

  • Madame, c'est moi qui viens.
    Moi, cela ne vous dit rien !
    Je viens vous chanter quand même
    Ce que mon coeur a rimé
    Et si vous voulez m'aimer ?
    Moi : c'en est un qui vous aime !

    Oh ! vos mains, dont les pâleurs
    Bougent, en gestes de fleurs
    Qu'un peu de brise caresse !
    Oh ! vos beaux yeux impérieux !
    Un seul regard de ces yeux
    Dit...

  • Comme s'effeuille une rose
    L'amante dolente aux traits
    Ravagés par la chlorose
    Est morte au soir des regrets
    Et sur le bord de sa fosse
    Le vieux prêtre au dos cassé
    A glapi de sa voix fausse
    Requiescat in pace !...

    Et maintenant pauvre chère
    Elle git loin du soleil
    Sous le grand champ en jachère
    Où tout est paix et sommeil
    ...

  • Un soir d'hiver, quand de partout,
    Les corbeaux s'enfuient en déroute,
    Dans un fossé de la grand'route,
    Près d'une borne, n'importe où
    Pleurant avec le vent qui blesse
    Leurs petits corps chétifs et nus,
    Pour souffrir des maux trop connus,
    Les gueux naissent.

    Pour narguer le destin cruel,
    Le Dieu d'en haut qui les protège
    En haut...

  • L'an dernier, je les vis encor
    Le petit frère aimable et rose
    Dans sa tunique à boutons d'or
    Avec sa soeur que la chlorose

    Emportait - oh ! bien doucement -
    Vers la tombe muette et blanche.
    Je les vis en me promenant
    Sur le boulevard, le dimanche

    Suivis de leur père, un monsieur
    A barbiche, un vieux militaire,
    Qui portait la...

  • Dame ! vois-tu les grands blés d'or
    Sous les couchants de Messidor
    Saillir longs et droits de la glèbe.
    Ils ne sont pas encor si longs
    Que les flots de tes cheveux blonds
    Où je cache mon front d'éphèbe.

    Dame ! écoute la voix du vent
    Dont l'aile caresse en rêvant
    Une par une chaque tige.
    Elle est moins vibrante d'émoi
    Que ta...