Stances à la châtelaine

Madame, c'est moi qui viens.
Moi, cela ne vous dit rien !
Je viens vous chanter quand même
Ce que mon coeur a rimé
Et si vous voulez m'aimer ?
Moi : c'en est un qui vous aime !

Oh ! vos mains, dont les pâleurs
Bougent, en gestes de fleurs
Qu'un peu de brise caresse !
Oh ! vos beaux yeux impérieux !
Un seul regard de ces yeux
Dit assez votre noblesse !

Vos aïeules ont été,
Sous le grand chapeau d'été
Fleuri comme un jour de Pâques,
Marquises de Trianon,
Et moi, fils de gens sans nom,
J'ai des goûts à la Jean-Jacques !

Votre parc est doux et noir :
Il y ferait bon ce soir
Pour achever ce poème
Que mon coeur seul a rimé.
Donc, si vous voulez m'aimer,
J'y serai, moi qui vous aime !

- Je chantais cela tantôt,
Aux grilles de son château.
A la fin, compatissante,
Elle dit à son larbin :
" Joseph, portez donc du pain
Au pauvre mendiant qui chante ! "

Collection: 
1896

More from Poet

  • Le vieux meunier dort, au fond d'un cercueil
    De chêne et de plomb, sous six pieds de terre,
    Et, dans le val plein d'ombre et de mystère,
    Le moulin repose en signe de deuil.

    La nuit a drapé ses murs de longs voiles
    Crêpes aux plis noirs et silencieux,
    Et sur...

  • A M. Bertrand, pour le remercier de l'accueil tout...
    évangélique qu'il m'a fait dans ses bureaux du Patriote.

    Quand les nouveau-nés, en leurs langes
    Dorment sur les bras des marraines
    Tels, de doux et blonds petits anges
    Tombés des étoiles sereines
    Digue...

  • Dans vos yeux
    J'ai lu l'aveu de votre âme
    En caractères de flamme
    Et je m'en suis allé joyeux
    Bornant alors mon espace
    Au coin d'horizon qui passe
    Dans vos yeux.

    Dans vos yeux
    J'ai vu s'amasser l'ivresse
    Et d'une longue caresse
    J'ai...

  • (Chanson)

    Dans ce temps-là, je n'avais rien,
    Rien du tout dans mon escarcelle,
    Et ma lyre était tout mon bien ;
    Dans ce temps-là je n'avais rien
    Que de grands trous à mon pourpoint
    Et le coeur de ma damoiselle.
    Dans ce temps-là je n'avais rien,
    ...

  • Nous sommes les crève-de-faim
    Les va-nu-pieds du grand chemin
    Ceux qu'on nomme les sans-patrie
    Et qui vont traînant leur boulet
    D'infortunes toute la vie,
    Ceux dont on médit sans pitié
    Et que sans connaître on redoute
    Sur la grand'route.

    Nous...