• Sort inique et cruel ! le triste laboureur
    Qui s'est arné* le dos à suivre sa charrue,
    Qui sans regret semant la semence menue
    Prodigua de son temps l'inutile sueur,

    Car un hiver trop long étouffa son labeur,
    Lui dérobant le ciel par l'épais d'une nue,
    Mille corbeaux pillards saccagent à sa vue
    L'aspic demi pourri, demi sec, demi mort.
    ...

  • Laboureur ! - Il n'était, ne voulut jamais être
    Que laboureur ; - un beau laboureur, lent et doux
    Et fort comme ses boeufs, qui l'aimaient entre tous
    Leurs bouviers, et venaient très docilement mettre,
    Dès son premier appel, leurs cornes et leurs cous
    Sous le dur joug en bois de hêtre...

    A vingt ans il dut les quitter, étant conscrit ;
    Mais, libéré,...

  • Nouveau cultivateur, armé d'un aiguillon,
    L'Amour guide le soc et trace le sillon ;
    Il presse sous le joug les taureaux qu'il enchaîne.
    Son bras porte le grain qu'il sème dans la plaine.
    Levant le front, il crie au monarque des dieux :
    " Toi, mûris mes moissons, de peur que loin des cieux
    Au joug d'Europe encor ma vengeance puissante
    Ne te fasse courber ta...

  • Ah ! prends un coeur humain, laboureur trop avide.
    Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide
    De tes larges moissons vient, le regard confus,
    Recueillir après toi les restes superflus,
    Souviens-toi que Cybèle est la mère commune.
    Laisse la probité que trahit la fortune,
    Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds
    De quelques grains épars sur la terre...

  • Derrière deux grands boeufs ou deux lourds percherons,
    L'homme marche courbé dans le pré solitaire,
    Ses poignets musculeux rivés aux mancherons
    De la charrue ouvrant le ventre de la terre.

    Au pied d'un coteau vert noyé dans les rayons,
    Les yeux toujours fixés sur la glèbe si chère,
    Grisé du lourd parfum qu'exhale la jachère,
    Avec calme et lenteur il...