• Cloris, que dans mon cœur j'ai si longtemps servie
    Et que ma passion montre à tout l'univers,
    Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
    Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

    N'oppose plus ton deuil au bonheur où j'aspire.
    Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
    Sors de ta nuit funèbre, et permet que j'admire
    Les divines clartés des...

  •  
    Pierre qui, durant sa jeunesse,
    Fut un renommé savetier,
    Est superbe de sa richesse
    Et honteux de son vieux métier.

    Ce fortuné marchand de bottes
    Possède un parc, près de chez moi,
    Dont les fontaines et les grottes
    Sont dignes des maisons du roi.

    Je suis confus lorsque je pense
    Qu’il y fait creuser un canal
    Dont la...

  • Je touche de mon pied le bord de l'autre monde,
    L'âge m'oste le goust, la force et le sommeil ;
    Et l'on verra bien-tost naistre du sein de l'Onde
    La premiere clarté de mon dernier Soleil.

    Muses, je m'en vay dire au fantosme d'Auguste
    Que sa rare bonté n'a plus d'Imitateurs,
    Et que l'esprit des Grands fait gloire d'estre injuste
    Aux belles passions...

  • Je suis dans le penchant de mon âge de glace.
    Mon âme se destache et va laisser mon corps ;
    En cette extremité que faut-il que je face,
    Pour entrer sans frayeur dans la terre des morts ?

    J'ay flatté les puissans, j'ay plastré leurs malices,
    J'ay fait de mes pechez mes uniques plaisirs,
    Je me suis tout entier plongé dans les delices,
    Et les biens...

  • Je donne à mon desert les restes de ma vie,
    Pour ne dépendre plus que du Ciel et de moy.
    Le temps et la raison m'ont fait perdre l'envie
    D'encenser la faveur, et de suivre le Roy.

    Faret, je suis ravy des bois où je demeure.
    J'y trouve la santé de l'esprit et du corps.
    Approuve ma retraite ; et permets que je meure
    Dans le mesme Vilage où mes peres...

  • Adieu Paris, adieu pour la derniere fois !
    Je suis las d'encenser l'autel de la fortune
    Et brusle de revoir mes rochers et mes bois
    OÙ tout me satisfait, où rien ne m'importune.

    Je ny suis point touché de l'amour des thresors ;
    Je n'y demande pas d'augmenter mon partage :
    Le bien qui m'est venu des peres dont je sors
    Est petit pour la cour, mais...

  • C'est grand dommage que ma Chate
    Aille au païs des Trépassez :
    Pour se garentir de sa pate,
    Jamais Rat ne courut assez.

    Elle fut Matrone Romaine,
    Et fille de nobles Ayeux.
    Mon Laquay la prit sans mitaine
    Près du Temple de tous les Dieux.

    J'auray toujours dans la memoire
    Cette peluche blanche et noire
    Qui la fit admirer de...

  • Ce que ta plume produit
    Est couvert de trop de voiles.
    Ton discours est une nuit
    Veufve de lune et d'estoilles.

    Mon ami, chasse bien loin
    Cette noire rhetorique :
    Tes ouvrages ont besoin
    D'un devin qui les explique.

    Si ton esprit veut cacher
    Les belles choses qu'il pense,
    Dy-moy qui peut t'empescher
    De te servir du...

  • Déserts où j'ai vécu dans un calme si doux,
    Pins qui d'un si beau vert couvrez mon ermitage,
    La cour depuis un an me sépare de vous,
    Mais elle ne saurait m'arrêter davantage.

    La vertu la plus nette y fait des ennemis ;
    Les palais y sont pleins d'orgueil et d'ignorance ;
    Je suis las d'y souffrir, et honteux d'avoir mis
    Dans ma tête chenue une vaine...

  • La plus-part de mes Partisans
    Disent que ma paresse est grande,
    Et que je laisse en mes vieux ans
    Seicher les fleurs de ma guirlande.

    Je me tais et voudrois changer
    Le nom que Parnasse me donne
    Avecque celui d'un Berger
    Qui ne fut connu de personne.

    Ceux qui jugent les beaux Espris,
    Osent dire que mes ecris
    Manquent de force...