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  • Sonnet

    Quelque si doux espoir où ma raison s'appuie,
    Un mal si découvert ne se saurait cacher ;
    J'emporte malheureux, quelque part où je fuie,
    Un trait qu'aucun secours ne me peut arracher.

    Je viens dans un désert mes larmes épancher,
    Où la terre languit, où le Soleil s'ennuie,
    Et d'un torrent de pleurs qu'on ne peut étancher
    Couvre l'...

  • Ode

    Perside, je me sens heureux
    De ma nouvelle servitude,
    Vous n'avez point d'ingratitude
    Qui rebute un coeur amoureux.
    Il est bien vrai que je me fâche
    Du fard où votre teint se cache.
    Nature a mis tout son crédit
    À vous faire entièrement belle,
    L'art qui pense mieux faire qu'elle
    Me déplait et vous enlaidit.

    L'éclat...

  • D'un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant
    J'éveille avant le jour mes yeux et ma pensée,
    Et cette longue nuit si durement passée,
    Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

    Demi désespéré je jure en me levant
    D'arracher cet objet à mon âme insensée,
    Et soudain de ses voeux ma raison offensée
    Se dédit et me laisse aussi fol que devant....

  • Sacrés murs du Soleil où j'adorai Philis,
    Doux séjour où mon âme était jadis charmée,
    Qui n'est plus aujourd'hui sous nos toits démolis,
    Que le sanglant butin d'une orgueilleuse armée,

    Ornements de l'autel qui n'êtes que fumée,
    Grand temple ruiné, mystères abolis,
    Effroyables objets d'une ville allumée,
    Palais, homme, chevaux, ensemble ensevelis,...

  • Sonnet

    Les Parques ont le teint plus gai que mon visage,
    Je crois que les damnés sont plus heureux que moi :
    Aussi le vieux tyran qui leur donne la loi
    Des peines que je sens n'a jamais eu l'usage.

    Les jours les plus sereins pour moi sont pleins d'orage,
    Les objets les plus beaux pour moi sont pleins d'effroi,
    Et du plus doux accueil que me...

  • Ode

    Dans ce val solitaire et sombre
    Le cerf qui brame au bruit de l'eau,
    Penchant ses yeux dans un ruisseau,
    S'amuse à regarder son ombre.

    De cette source une Naïade
    Tous les soirs ouvre le portail
    De sa demeure de cristal
    Et nous chante une sérénade.

    Les Nymphes que la chasse attire
    À l'ombrage de ces forêts
    ...

  • Stances

    S'il est vrai, Cloris, que tu m'aimes,
    Mais j'entends que tu m'aimes bien,
    Je ne crois point que les Rois mêmes
    Aient un heur comme le mien :
    Que la mort serait importune
    De venir changer ma fortune
    À la félicité des Dieux !
    Tout ce qu'on dit de l'ambroisie
    Ne touche point ma fantaisie
    Au prix des grâces de tes yeux....

  • Au milieu de Paris je me suis fait ermite,
    Dedans un seul objet mon esprit se limite,
    Quelque part où mes yeux me pensent divertir
    Je traîne une prison d'où je ne puis sortir,
    J'ai le feu dans les os et l'âme déchirée
    De cette flèche d'or que vous m'avez tirée.
    Quelque tentation qui se présente à moi,
    Son appas ne me sert qu'à renforcer ma foi.
    L'...

  • Stances

    La frayeur de la mort ébranle le plus ferme :
    Il est bien malaisé,
    Que dans le désespoir, et proche de son terme
    L'esprit soit apaisé.

    L'âme la plus robuste, et la mieux préparée
    Aux accidents du sort,
    Voyant auprès de soi sa fin toute assurée,
    Elle s'étonne fort.

    Le criminel pressé de la mortelle crainte
    D'un...