Ode III.9 - Dialogue d'Horace et de Lydie
H : -- Quand j'étais aimé de Lydie,
Quand, plus heureux que mes rivaux,
Je pressais dans mes bras une amante chérie,
Les rois n'étaient pas mes égaux.
L : -- Quand Lydie à Chloé n'était point immolée,
Quand elle avait tout votre cœur,
De gloire et de plaisirs votre amante comblée
N'eût pas de Vénus même envié le bonheur.
H : -- Chloé règne à présent sur mon âme ravie,
Et son luth et sa voix me charment tour à tour ;
Sans regret je perdrai le jour
Si les Dieux épargnent sa vie.
L : -- Calaïs aujourd'hui brûle pour sa Lydie,
Et du beau Calaïs je partage l'amour ;
Ah ! pour lui conserver le jour
Je donnerais plus que ma vie.
H : -- Mais si Chloé perdait tous ses droits sur mon cœur,
Si Vénus rallumait notre flamme passée,
Si j'allais à vos pieds, expiant mon erreur,
Redemander mes fers à Lydie offensée...
L : -- Calaïs est charmant ; mais je subis mon sort :
Ingrat, tu verras ta Lydie,
Auprès de toi chérir la vie,
Et dans tes bras bénir la mort.