Mais quoi ! déjà les Cieux s’accordent à pleurer
- Mais quoi ! déjà les Cieux s'accordent à pleurer,
- Le soleil s'obscurcit, une amère rosée
- Vient de gouttes de fiel la terre énamourer,
- D'un crêpe noir la lune en gémit déguisée,
- Et tout pour mon amour veut ma mort honorer.
- Au plus haut du midi, des étoiles les feux,
- Voyant que le soleil a perdu sa lumière,
- Jettent sur mon trépas leurs pitoyables jeux,
- Et d'errines aspects soulagent ma misère.
- L'hymne de mon trépas est chanté par les Cieux.
- Les anges ont senti mes chaudes passions,
- Quittent des Cieux aimés leur plaisir indicible,
- Ils souffrent affligés de mes afflictions,
- Je les vois de mes yeux bien qu'ils soient invisibles,
- Je ne suis fasciné de douces fictions.
- Tout gémit, tout se plaint, et mon mal est si fort
- Qu'il émeut fleurs, côteaux, bois et roches étranges,
- Tigres, lions et ours et les eaux et leur port,
- Nymphes, les vents, les cieux, les astres et les anges.
- Tu es loin de pitié et plus loin de ma mort,
- Plus dure que les rocs, les côtes et la mer,
- Plus altière que l'air, que les cieux et les anges,
- Plus cruelle que tout ce que je puis nommer,
- Tigres, ours et lions, serpents, monstres étranges,
- Tu ris en me tuant et je meurs pour aimer.