Lioba
D’où nous vient-il, ce vieux refrain,
Qui fait pleurer, qui fait sourire ?
D’où nous vient-il, que veut-il dire,
Ce ranz naïf, grave et serein,
Lioba, lioba ?
Voix des bergers, voix des abîmes,
Voix des torrents, des rocs déserts,
Il vient à nous du haut des airs,
Comme un écho des blanches cimes.
Lioba, lioba !
Sur l’Alpe aux flancs vertigineux
Il flotte dans l’air qu’on respire ;
Aux forêts le vent le soupire,
Et les monts se disent entre eux
Lioba, lioba !
Dans cette idylle douce et fière
La Liberté nous a souri.
Combien de fois le cor d’Uri
A-t-il sonné sur la frontière
Lioba, lioba !
Exilés sous d’autres climats,
Regrettons-nous l’Alpe fleurie ?
Ce vieux refrain, c’est la patrie
Qui nous suit, chantant sur nos pas :
Lioba, lioba !
Dans les douleurs de l’agonie,
De Sempach le héros vainqueur
L’écoutait au fond de son cœur
Eclater en flots d’harmonie
Lioba, lioba !
Voix de courage, voix d’amour,
Au timbre fort, joyeux et tendre,
Nos fils aussi sauront l’entendre
Et l’accompagner à leur tour.
Lioba ! lioba !
Laissons à d’autres les chimères,
Gloires, grandeurs, tristes appas !
Le seul bien qui ne lasse pas,
Nous l’avons reçu de nos pères.
Lioba, lioba !
La liberté simple et sans fard,
Suisse, voilà ton apanage !
Garde-la pure d’âge en âge,
La liberté du montagnard.
Lioba, lioba !
Pour dominer l’orchestre immense
Dans le concert des nations,
Il faut des hautes régions
Qu’au ciel toujours ce chant s’élance :
Lioba, lioba !