Les Jeux de la Cour
Cessez de plus jouer à la rejouissance :
C’est un jeu sans plaisir et quy n’est pas heureux ;
Le reversis n’est bon que pour les amoureux,
Et la prime pour ceux quy sont pleins de finance.
Le piquet à l’abort m’offence quand j’y pense ;
Au quatorze de may, quy fut si malheureux,
Formant par un grand flux un point de consequence,
Quy depuis a ruyné et gasté nostre France.
J’ayme les quatre jeux modernes de la cour :
Nous y voyons un roy de mains en mains quy court,
La dame et le valet quy suivent en sequence,
Les deux roynes au pair, une seule à l’escart.
Les princes joueront à tirer le bon bout.
Il n’y a apparence de demeurer en cour :
Car ils sont mal contens, et ils ont bien raison,
Du fredon de trois ases qui pillent et raflent tout.
On dit que les crapauds armèrent autres foys,
Avant les fleurs de lys, l’ecusson de nos roys,
Mais qu’en les retournant, un de nos vieux Alcides
Changea par ces beaux lys ces vilains animaux.
Ha ! sire, je crains bien que par ces parricides
Vous perdiez ces beaux lys pour garder trois crapaux !
Le fils de Cresus, muet du ventre de sa mère,
Voit l’espée sur son père et recouvre la voix :
« Cruel, ne le tuez, luy quy m’a donné l’estre ! »
Sire, aujourd’huy faites paroistre
En mesme peril vostre voix.
Prince, vous avez eu beaucoup moins de ruines,
Endurant doucement vostre captivité,
Qu’à faire le magot, estant en liberté,
D’Arnoux, de Cadenet, de Brante et de Luynes.
Pensez-vous, si j’estois vraiment prince du sang,
Que je voulusse tant m’eslongner de mon rang
Que d’aimer ces caphars et ceux dont le bas aage
Se passa soubs l’habit de vallet et de page ?
L’on m’a trop faict savoir que là où la faveur
Se rencontre, il luy faut faire un temple d’honneur.
Ce coyon, quy estoit porté de sa maistresse,
Me feit bien eslancer dans une forteresse.
Il se vantoit encor de me faire juger,
Non pas prince bastard, mais fils d’un muletier,
Mes mœurs en faisant foy et mon infame vice ;
Et je serais encor près d’un tel precipice
Si je n’allois tout doux faisant le grenouillet
Aux Pères, à Luynes, à Brante, à Cadenet.
France, je plains bien vostre sort !
Car on cognoist vostre impuissance :
Un coyon vous mit en balance ;
Trois coquins vous mettent à mort.
Autant il y a difference
À surprendre des oysillons
Et de dresser des bataillons
Diffèrent ces deux pairs de France.
Une personne s’en estonne :
Le roy m’a voulu faire grand
Pour monstrer que mon père-grand
Portoit sur son chef la couronne.
Le duc est un oyseau, moy duc par les oiseaux ;
Le duc est un oiseau servant à la pipée,
Moy duc pipant du roy l’ame preoccupée.
Le duc oyseau de nuict, et moy duc aux flambeaux.
Je suis duc non oyseau ; la fortune est muable :
Fussé-je nay d’un veau, je serois connestable.