Le Cotret de Mars
Mars inutile, en temps de tresve,
Pour ayder à fournir la Grève,
S’amuse à tailler des cotrets :
Il y met cinq rameaux en nombre,
Tirez des halliers de qui l’ombre
Gaste ainsi nos jeunes forests.
Tous les cinq sont divers d’escorce,
De tronc, de matière et de force ;
Mais tous cinq, comme chacun sçait,
Sont propres pour un feu de joye
Dans le Royaume, afin qu’on voye
L’effect du pseaume trente-sept.
Le plus gros tizon, qui tout pare,
C’est l’homme à la fortune rare,
Roy de Metz, sieur de Cadillac.
Il est sec et de bois de tremble,
Depuis qu’il voit armer ensemble
Tant d’enquesteurs sur Ravaillac.
Il joint la Verge de Florence ;
Mais leur bonheur a difference
D’un poinct que j’admire souvent :
C’est que l’un, tournant le derrière,
A gaigné la charge guerrière,
Et l’autre en poussant le devant.
Celuy qui sans O rien ne scelle,
Soubs qui la Justice chancelle,
En est le troisiesme baston,
Qui, couvert de cire bruslable,
Fors l’ecorce, a le cœur semblable
Aux arbres qui portent Cotton.
Son frère à patte ravissante
Estoit de race florissante ;
Mais comme son sort est mouvant,
Luy à qui l’Infante d’Autriche
Commit son affiquet plus riche
Est demeuré de bois puant.
S’ensuit pour la cinquiesme pièce
Un surgeon de plus vile espèce,
Mais tant raboté, tant Dolé,
Qu’il ne le faut pas mettre en cendre ;
Mais pour noyer il le faut prendre,
Ne meritant d’estre bruslé.
Bullion sert de hart pliante,
Fauce, tortuë et bien liante,
A ce très-mistique fagot :
C’est la plus dangereuse branche :
Car avant que le feu la tranche
N’approcheroit pas un magot.
Soubs cela, comme une fascine,
Mettez-moy la seiche Conchine,
Pour faire un feu clair à la fois,
Et dessus, si la France unie
Se veut sauver de tyrannie,
Le roy d’Espagne pour gros bois.
Grâce au bon roi qui règne en France,
Nous allons voir la poule au pot :
Cette poule c’est la Finance,
Que plumera le bon Turgot.
Pour cuire cette chair maudite,
Il faut la Grève pour marmite
Et l’abbé Terray pour fagot.
Il est fin ce vieux roy de Mets…
Aincy l’evesque de Coulongne
Autre fois se fist souverain.
Ce conquerant et monarque d’Idée
Void tous les jours sa fortune en fumée
Assisté par un tas de mors de faim (sic)
Qu’il a choisi, achepté de sa main
Des thresors pris dans la Bastille.
Voyez qu’il a sa main habile
A bien compter et par millions
Soudoyer nombre de Coyons.
Magot, leur Suçon et Barbin,
Sont tout au plus haut de la roue
Et au bas quand le Coyon joue
Vieille-Foy, Du Vray et Nanin.
Du Vray, Vieille-Foy et Nanin
Sont maintenant au haut estage ;
Le Coyon n’est plus dans la cage :
À bas Magot, Suçon, Babin.