La Fiancée alsacienne

Paroles : Gaston Villemer
Musique : Félicien Vargues
Éditeur : Célestin Joubert

Cette chanson fait partie des chansons appelant à la revanche après la défaite de 1870.


Filant toute songeuse au bord de la fenêtre
Marguerite rêvait à son bel amoureux
Qui n'ayant pas voulu de l'Allemand pour maître
Était allé servir le drapeau des aïeux
C'est en vain que cherchant à faire sa conquête
Un officier prussien passait en soupirant
Elle l'apercevant et détournant la tête
Répondait dédaigneuse à ce bel allemand

Suis ton chemin, fils d'Allemagne
Va-t-en chercher une compagne
Au pays où Bismarck est roi
Toujours fidèle à l'espérance
Je ne veux qu'un soldat de France
Prussien, prussien, mon cœur n'est pas pour toi

Un jour, c'était hélas la fête du village,
Elle apprit que son frère allait être pendu
Il avait d'un crachat marqué le beau visage
De l'officier prussien de fureur éperdu
L'allemand exigeait pour épargner le frère
De voir à ses désirs enfin céder la sœur
Et la sœur s'inclina mais sa voix toujours fière
Avertit de ces mots l'orgueil de son vainqueur

Épouse-moi, fils d'Allemagne
Mais si je deviens ta compagne
Ne compte jamais sur ma foi
Toujours fidèle à l'espérance
J'aime mon beau soldat de France
Prussien, prussien, mon cœur n'est pas pour toi

Bientôt on l'amena toute pâle à l'église
Blanche, plus blanche encore que son long voile blanc
Soudain elle sentit, ô cruelle surprise
Se fixer sur ses yeux un regard suppliant
A l'ombre d'un pilier, sombre, baissant la tête
C'était son fiancé, venu pour la revoir
Et se tournant vers lui, troublant toute la fête
Marguerite poussa ce cri de désespoir

Oui, j'épouse un fils d'Allemagne
Mais en devenant sa compagne
Je ne lui donne pas ma foi
Toujours fidèle à l'espérance
J'aime mon beau soldat de France
Prussien, prussien, mon cœur n'est pas pour toi

Le soir lorsque l'époux, les yeux brillants de flamme
Pénétra dans la chambre où l'appelait l'amour
Il recula d'effroi car c'était par un drame
Que Marguerite avait terminé ce beau jour
Sur le lit nuptial, dans sa robe sanglante
Elle était étendue, un poignard dans le coeur
Son âme s'envolait mais de sa voix mourante
Elle put dire encore à l'infâme vainqueur
Et maintenant, fils d'Allemagne
Tu peux me prendre pour compagne
Je n'aurai pas trahi ma foi
Toujours fidèle à l'espérance
Je t'aime, ô mon soldat de France
Je meurs, je meurs pour n'être qu'à toi