L’Enfant et l’Étoile
Un astre luit au ciel et dans l’eau se reflète.
Un homme qui passait dit à l’enfant-poète :
« Toi qui rêves avec des roses dans les mains
Et qui chantes, docile au hasard des chemins,
Tes vains bonheurs et ta chimérique souffrance,
Dis, entre nous et toi quelle est la différence ?
— Voici, répond l’enfant. Levez la tête un peu ;
Voyez-vous cette étoile, au lointain du soir bleu ?
— Sans doute !
— Fermez l’œil. La voyez-vous, l’étoile ?
— Non certe. »
Alors l’enfant pour qui tout se dévoile
Dit en baissant son front doucement soucieux :
« Moi, je la vois encor quand j’ai fermé les yeux. »
À propos de ce poème
« L’Enfant et l’Étoile » est de Catulle Mendès (1841–1909), poète parnassien, romancier et critique de la fin du XIXe siècle.
Un passant demande à un « enfant-poète » ce qui le distingue des autres hommes. L’enfant répond par une petite expérience : regardez l’étoile, puis fermez les yeux. Le passant ne la voit plus ; l’enfant, lui, « la voi[t] encor quand [il a] fermé les yeux ». En quelques vers, le poème donne une définition de l’imagination poétique : garder en soi la lumière de ce qu’on a vu.