Fabre-des-Insectes
Sachant que l’humble arpent d’un jardinet claustral
Contient plus de secrets qu’un mortel n’en pénètre,
Il vit seul comme un pâtre et pauvre comme un prêtre,
Et d’un grand feutre noir coiffé comme Mistral.
C’est un homme incliné, modeste et magistral,
Qui plus qu’un monde au loin cherche à ses pieds un être,
Et qui, ne regardant que ce qu’on peut connaître,
Préfère un carré d’herbe à tout le ciel astral.
Pensif, — car dans ses doigts il a tenu des ailes, —
Poursuivant les honneurs moins que les sauterelles,
— Les sommets rêvent-ils d’être des sommités ? —
Il nous offre une vie égale aux fiers poèmes,
Et des livres qu’un jour il faudra que ceux mêmes
Feignent de découvrir, qui les ont imités.
Une vie admirable. Aucun homme n’a dû
Fréquenter de plus près la maternelle argile.
Son bosquet de lilas lui tient lieu d’Évangile.
D’un Fabre d’Eglantine il semble descendu.
Il guette tout un jour ce qu’il n’a qu’entendu
Il ne peut s’ennuyer, sachant par cœur Virgile.
S’il découvre un insecte éclatant et fragile,
Il lui donne le nom du fils qu’il a perdu.
Quand il rentre, le soir, avec sa découverte,
La Vérité peut-être est dans sa boîte verte,
Car du puits d’un insecte elle peut émerger.
Voilà sa vie. Elle est simple, triste, ravie.
Il n’enlève jamais son chapeau de berger.
Et ses livres se font tout seuls, avec sa vie.
« Et nous, nous nous chargeons de ton Apothéose.
Car nous fûmes toujours les amis les meilleurs.
Nous, Tes Insectes, ceux de Vaucluse et d’ailleurs,
Voulons tous dans ta gloire être pour quelque chose.
« La fourmilière sculpte, et la ruche compose.
Une étoile d’argent se tisse entre deux fleurs.
Tu sais que nous savons réussir des splendeurs.
Fabre, le souviens-tu de la chapelle rose ?
« Te souviens-tu qu’un jour, en haut du mont Veutoux,
Tu vis un temple obscur et bâti loin de tous
Sur lequel nous étions cent mille coccinelles ?
« La chapelle était rose et semblait en corail !
Ainsi, la solitude aura sur son travail
Une gloire vivante et faite avec des ailes. »