« Chants de Janina »

by Kostís Palamás (1859–1943) French

Littérature Néo-Grecque

Chants de Janina, de Smyrne, de Constantinople,
— chants traînants de l’Orient, — mélopées plaintives,
— comme vous traînez mon âme après vous ! — Elle
est fondue de votre musique, — et elle s’enroule sur
vos ailes.

Vous êtes les enfants d’une mère qui parle en vous
et gémit, — et qui exhale de lourds parfums ; — son
baiser lascif brûle ; — et elle adore le Destin et tremble, — l’âme toute chair, esclave dans un harem, —
la Terre langoureuse de l’Orient.

En vous pleure la misère des pauvres gens, — et tout
en vous, même la joie, est plainte, — plainte amère
et traînante. — Malheureux, pauvre et esclave et indolent, — au cœur sec, au cerveau fruste, — moi aussi je voyage avec vous.

Sur le rivage, qu’ont abandonné les caïques, — et à
qui ne sont restés que les lys et les varechs, — dans
le rêve de la mer et du ciel, — je voudrais vivre une

vie inactive et solitaire, — muet, sans la brûlure d’aucun souci, — avec ce qu’il faut d’esprit.

Pour vivre comme un arbre, — et, fumeur, avec la
fumée tresser — des bagues d’azur, — et remuer de
temps en temps les lèvres, — et faire revivre sur elles
le chagrin — qui lourdement vous pèse,

Et qui recommence sans cesse et tourne et recommence. — Et une race vit en vous et fond, — et une
vie enchaînée palpite, — chants de Janina, de Smyrne, de Constantinople, — chants traînants de l’Orient,
— mélopées plaintives.

COSTIS PALAMAS.

Traduit du néo-grec par Camille Polack.

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