Épître 89

by Voltaire - François-Marie Arouet

Jeune et charmant objet à qui pour son partage le ciel a prodigué les trésors les plus doux, les grâces, la beauté, l’esprit et le veuvage, jouissez du rare avantage d’être sans préjugés ainsi que sans époux ! Libre de ce double esclavage, joignez à tous ces dons celui d’en faire usage ; faites de votre lit le trône de l’amour ; qu’il ramène les ris, bannis de votre cour par la puissance maritale. Ah ! Ce n’est pas au lit qu’un mari se signale : il dort toute la nuit et gronde tout le jour ; ou s’il arrive par merveille que chez lui la nature éveille le désir, attend-il qu’à son tour chez sa femme il s’éveille ? Non : sans aucun prélude il brusque le plaisir ; il ne connaît point l’art d’animer ce qu’on aime, d’amener par degrés la volupté suprême ; le traître jouit seul..., si pourtant c’est jouir. Loin de vous tous liens, fût-ce avec Plutus même ! L’amour se chargera du soin de vous pourvoir. Vous n’avez jusqu’ici connu que le devoir, le plaisir vous reste à connaître. Quel fortuné mortel y sera votre maître ! Ah ! Lorsque, d’amour enivré, dans le sein du plaisir il vous fera renaître, lui-même trouvera qu’il l’avait ignoré.

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