Épître 8

by Voltaire - François-Marie Arouet

Grand prince, qui, dans cette cour où la justice était éteinte, sûtes inspirer de l’amour, même en nous donnant de la crainte ; vous que Rousseau si dignement a, dit-on, chanté sur sa lyre, Eugène, je ne sais comment je m’y prendrai pour vous écrire. Oh ! Que nos français sont contents de votre dernière victoire ! Et qu’ils chérissent votre gloire, quand ce n’est pas à leurs dépens ! Poursuivez ; des musulmans rompez bientôt la barrière ; faites mordre la poussière aux circoncis insolents ; et, plein d’une ardeur guerrière, foulant aux pieds les turbans, achevez cette carrière au sérail des ottomans : des chrétiens et des amants arborez-y la bannière, Vénus et le dieu des combats vont vous en ouvrir la porte ; les grâces vous servent d’escorte, et l’amour vous tend les bras. Voyez-vous déjà paraître tout ce peuple de beautés, esclaves des voluptés d’un amant qui parle en maître ? Faites vite du mouchoir la faveur impérieuse à la beauté la plus heureuse, qui saura délasser le soir votre altesse victorieuse. Du séminaire des amours, à la France votre patrie, daignez envoyer pour secours quelques belles de Circassie. Le saint-père, de son côté, attend beaucoup de votre zèle, et prétend qu’avec charité sous le joug de la vérité vous rangiez ce peuple infidèle. Par vous mis dans le bon chemin, on verra bientôt ces infâmes, ainsi que vous, boire du vin, et ne plus renfermer leurs femmes. Adieu, grand prince, heureux guerrier ! Paré de myrte et de laurier, allez asservir le Bosphore : déjà le grand turc est vaincu ; mais vous n’avez rien fait encore si vous ne le faites cocu.

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