Épître 79

by Voltaire - François-Marie Arouet

Tandis qu’au-dessus de la terre, des aquilons et du tonnerre, la belle amante de Newton dans les routes de la lumière conduit le char de Phaéton, sans verser dans cette carrière, nous attendons paisiblement, près de l’onde castalienne, que notre héroïne revienne de son voyage au firmament ; et nous assemblons pour lui plaire, dans ces vallons et dans ces bois, les fleurs dont Horace autrefois faisait des bouquets pour Glycère. Saint-Lambert, ce n’est que pour toi que ces belles fleurs sont écloses ; c’est ta main qui cueille les roses, et les épines sont pour moi. Ce vieillard chenu qui s’avance, le temps, dont je subis les lois, sur ma lyre a glacé mes doigts, et des organes de ma voix fait trembler la sourde cadence. Les grâces dans ces beaux vallons, les dieux de l’amoureux délire, ceux de la flûte et de la lyre, t’inspirent tes aimables sons, avec toi dansent aux chansons, et ne daignent plus me sourire. Dans l’heureux printemps de tes jours des dieux du Pinde et des amours saisis la faveur passagère ; c’est le temps de l’illusion. Je n’ai plus que de la raison : encore, hélas ! N’en ai-je guère. Mais je vois venir sur le soir, du plus haut de son aphélie, notre astronomique émilie avec un vieux tablier noir, et la main d’encre encor salie. Elle a laissé là son compas, et ses calculs, et sa lunette ; elle reprend tous ses appas : porte-lui vite à sa toilette ces fleurs qui naissent sous tes pas, et chante-lui sur ta musette ces beaux airs que l’amour répète, et que Newton ne connut pas.

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