Épître 78

by Voltaire - François-Marie Arouet

je la verrai cette statue que Gêne élève justement au héros qui l’a défendue. Votre grand-oncle, moins brillant, vit sa gloire moins étendue ; il serait jaloux à la vue de cet unique monument. Dans l’âge frivole et charmant où le plaisir seul est d’usage, où vous reçûtes en partage l’art de tromper si tendrement, pour modeler ce beau visage, qui de Vénus ornait la cour, on eût pris celui de l’amour, et surtout de l’amour volage ; et quelques traits moins enfantins auraient été la vive image du dieu qui préside aux jardins. Ce double et charmant avantage peut diminuer à la fin ; mais la gloire augmente avec l’âge. Du sculpteur la modeste main vous fera l’air moins libertin ; c’est de quoi mon héros enrage. On ne peut filer tous ses jours sur le trône heureux des amours ; tous les plaisirs sont de passage : mais vous saurez régner toujours par l’esprit et par le courage. Les traits du Richelieu coquet, de cette aimable créature, se trouveront en miniature dans mille boîtes à portrait où Macé mit votre figure. Mais ceux du Richelieu vainqueur, du héros soutien de nos armes, ceux du père, du défenseur d’une république en alarmes, ceux de Richelieu son vengeur, ont pour moi cent fois plus de charmes. Pardon, je sens tous les travers de la morale où je m’engage ; pardon, vous n’êtes pas si sage que je le prétends dans ces vers : je ne veux pas que l’univers vous croie un grave personnage. Après ce jour de Fontenoy, où, couvert de sang et de poudre, on vous vit ramener la foudre et la victoire à votre roi ; lorsque, prodiguant votre vie, vous eûtes fait pâlir d’effroi les anglais, l’Autriche, et l’envie, vous revîntes vite à Paris mêler les myrtes de Cypris à tant de palmes immortelles. Pour vous seul, à ce que je vois, le temps et l’amour n’ont point d’ailes, et vous servez encor les belles, comme la France et les génois.

More poems by Voltaire - François-Marie Arouet

All poems by Voltaire - François-Marie Arouet →