Épître 75

by Voltaire - François-Marie Arouet

Je goûtais dans ma nuit profonde les froides douceurs du repos, et m’occupais peu des héros qui troublent le repos du monde ; mais dans nos champs élysiens je vois une troupe en colère de fiers bretons, d’autrichiens, qui vous maudit et vous révère ; je vois des français éventés, qui tous se flattent de vous plaire, et qui sont encore entêtés de leurs plaisirs et de leur gloire, car ils sont morts à vos côtés entre les bras de la victoire. Enfin dans ces lieux tout m’apprend que celui que je vis à table gai, doux, facile, complaisant, et des humains le plus aimable, devient aujourd’hui le plus grand. J’allais vous faire un compliment ; mais, parmi les choses étranges qu’on dit à la cour de Pluton, on prétend que ce fier saxon s’enfuit au seul bruit des louanges, comme l’anglais fuit à son nom. Lisez seulement mes folies, mes vers, qui n’ont loué jamais que les trop dangereux attraits du dieu du vin et des sylvies : ces sujets ont toujours tenté les héros de l’antiquité comme ceux du siècle où nous sommes : pour qui sera la volupté, s’il en faut priver les grands hommes ?

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