Épître 74

by Voltaire - François-Marie Arouet

Dans vos projets étudiés joignant la force et l’artifice, vous devenez donc un Ulysse, d’un Achille que vous étiez. Les intérêts de deux couronnes sont soutenus par vos exploits, et des fiers tyrans du génois on vous a vu prendre à la fois et les postes et les personnes. L’ennemi, par vous déposté, admire votre habileté. En pareil cas, quelque Voiture vous dirait qu’on vous vit toujours auprès de Mars et des amours dans la plus brillante posture. Ainsi jadis on s’exprimait dans la naissante académie que votre grand-oncle formait ; mais la vieille dame, endormie dans le sein d’un triste repos, semble renoncer aux bons mots, et peut-être même au génie. Mais quand vous viendrez à Paris, après plus d’un beau poste pris, il faudra bien qu’on vous harangue au nom du corps des beaux esprits, et des maîtres de notre langue. Revenez bientôt essuyer ces fadeurs qu’on nomme éloquence, et donnez-moi la préférence quand il faudra vous ennuyer.

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