Épître 31

by Voltaire - François-Marie Arouet

Rimeur charmant, plein de raison, philosophe entouré des grâces, épicure, avec Apollon, s’empresse à marcher sur vos traces. Je renonce au fatras obscur du grand rêveur de l’oratoire, qui croit parler de l’esprit pur, ou qui veut nous le faire accroire, nous disant qu’on peut, à coup sûr, entretenir Dieu dans sa gloire. Ma raison n’a pas plus de foi pour René le visionnaire. Songeur de la nouvelle loi, il éblouit plus qu’il n’éclaire ; dans une épaisse obscurité il fait briller des étincelles. Il a gravement débité un tas brillant d’erreurs nouvelles, pour mettre à la place de celles de la bavarde antiquité. Dans sa cervelle trop féconde il prend, d’un air fort important, des dés pour arranger le monde : Bridoye en aurait fait autant. Adieu ; je vais chez ma Sylvie : un esprit fait comme le mien goûte bien mieux son entretien qu’un roman de philosophie. De ses attraits toujours frappé, je ne la crois pas trop fidèle : mais puisqu’il faut être trompé, je ne veux l’être que par elle.

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