Épître 120

by Voltaire - François-Marie Arouet

Mon dieu ! Que vos rimes en ine m’ont fait passer de doux moments ! Je reconnais les agréments et la légèreté badine de tous ces contes amusants qui faisaient les doux passe-temps de ma nièce et de ma voisine. Je suis sorcier, car je devine ce que seront les jeunes gens ; et je prévis bien dès ce temps que votre muse libertine serait philosophe à trente ans : Alcibiade en son printemps était Socrate à la sourdine. Plus je relis et j’examine vos vers sensés et très-plaisants, plus j’y trouve un fond de doctrine tout propre à messieurs les savants, non pas à messieurs les pédants de qui la science chagrine est l’éteignoir des sentiments. Adieu, réunissez longtemps la gaîté, la grâce si fine de vos folâtres enjouements, avec ces grands traits de bon sens dont la clarté nous illumine. Je ne crains point qu’une coquine vous fasse oublier les absents : c’est pourquoi je me détermine à vous ennuyer de mes ents , entrelacés avec des ine .

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