À longs filets de sang ce lamentable corps
- A longs filets de sang ce lamentable corps
- Tire du lieu qu'il fuit le lien de son âme,
- Et séparé du cœur qu'il a laissé dehors,
- Dedans les forts liens et aux mains de sa dame,
- Il s'enfuit de sa vie et cherche mille morts.
- Plus les rouges destins arrachent loin du cœur
- Mon estomac pillé, j'épanche mes entrailles
- Par le chemin qui est marqué de ma douleur.
- La beauté de Diane ainsi que des tenailles
- Tirent l'un d'un côté, l'autre suit le malheur.
- Qui me voudra trouver détourne par mes pas,
- Par les buissons rougis, mon corps de place en place,
- Comme un vaneur baissant la tête contre bas
- Suit le sanglier blessé aisément à la trace,
- Et le poursuit à l'oeil jusqu'au lieu du trépas.
- Diane, qui voudra me poursuivre en mourant,
- Qu'on écoute les rocs résonner mes querelles,
- Qu'on suive pour mes pas de larmes un torrent,
- Tant qu'on trouve séché de mes peines cruelles
- Un coffre, ton portrait, et rien au demeurant.
- Les champs sont abreuvés après moi de douleurs,
- Le souci, l'encolie, et les tristes pensées
- Renaissent de mon sang et vivent de mes pleurs,
- Et des cieux les rigueurs contre moi courroucées
- Font servir mes soupirs à éventer ses fleurs.
- Un bandeau de fureur épais presse mes yeux
- Qui ne discernent plus le danger ni la voie,
- Mais ils vont effrayant de leur regard les lieux
- Où se trame ma mort, et ma présence effraie
- Ce qu'embrassent la terre et la voûte des cieux.