Point d’injure ! silence autour du vieillard blême,
Dernier représentant de l’époque problème.
Les aînés sont tous morts ; nous qui les comprenons,
Amis, la haine est là, défendons bien leurs noms.
-
-
Henri Cinq ! à ce nom n’augurez point d’outrage
Pour l’héritier des lis, emporté par l’orage.
Où l’on salue un roi, je ne vois qu’un enfant,
Et respecte le front que sa candeur défend.
Pourquoi te maudirai-je ? infortuné ! sans doute,
Tu hais la royauté plus qu’on ne la redoute ;
Je garde ma colère à tes bourreaux, à ceux
Qui stimulent pour toi l’... -
Jean de Paris, bravo ! radieux dans ta loge,
Prodigue à ton patron des sourires d’éloge ;
Tu peux battre des mains à ses prouesses, mais
L’imiter, rarement, le comprendre, jamais.
L’escrime fatigua tes mains inoccupées ;
Ton pistolet au tir abattit cent poupées,
Par ta canne dansante un enfant effleuré
Pleure, et tu le tueras parce qu’il a pleuré... -
Au Théâtre-Français deux beaux noms sur l’affiche
M’attirèrent un soir ; ce soir-là j’étais riche,
J’avais pour avenir deux francs, je les donnai ;
Et je vis Chatterton, et chaque mot du drame
Eut un écho si long et si doux dans mon âme,
Que la nuit seulement, bien tard, je soupçonnai
Qu’en ce jour de bonheur je n’avais pas dîné.Seul, j’...
-
Nymphes de mon pays, déités bocagères,
Donnez un libre essor à vos danses légères,
Et, dédaignant les fleurs du vallon maternel,
Couronnez vos cheveux d’un laurier solennel.
Lebrun vient embellir nos bords par sa présence ;
Dans les foyers témoins des jeux de son enfance,
Dans les bois confidents de ses premiers plaisirs,
Lebrun vient parmi nous... -
Heureux Médor, si j’ai bonne mémoire,
Je t’ai connu jadis maigre et hideux ;
Chien sans pâtée, et poëte sans gloire,
Dans le ruisseau nous barbotions tous deux.
Lorsqu’à mes chants si peu d’échos s’émeuvent,
Lorsque du ciel mon pain tombe à regret,
À tes abois Dieu sourit, les os pleuvent :
Chien parvenu, donne-moi ton secret.Aux chiens...
-
Au Val-Bénit partez, fils de ma muse !
A peine éclos, c'est là qu'il faut aller;
Parlez sans moi , vous direz pour excuse .
Il n'a pas, lui, d'ailes pour s'envoler. »Lisant Rousseau qu'aiment tous les poètes ,
Là, j'ai coulé peu de jours bien remplis;
Mais sans remords j'ai quitté mes Charmettes;
L'air en est pur, ma pervenche est un lis.Oh...
-
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ;
Fuis en chantant vers un monde inconnu !À dix-huit ans, je n’enviais pas, certes !
Le froid bandeau qui presse les yeux morts.
Dans les grands bois, dans les campagnes vertes,
Je me plongeais avec délice alors ;
Alors les vents, le soleil et la pluie,
Faisaient rêver mes yeux toujours ouverts ;
Pleurs... -
Fée ou démon, magicienne ou sorcier,
Je te maudis de grand cœur et pour cause :
Depuis hier je suis ton créancier.
Quand j’implorais un sourire de Rose,
La pauvre enfant sanglotait sur ta prose ;
Elle y perdit un bon quart d’heure, et moi,
Mille baisers, baisers de bon aloi,
Baisers sonnants… Adonc, Muse immortelle,
En t’acquittant, fais acte de... -
Blonde à l’œil bleu, lis tremblant sur sa tige,
Vous vous plaignez, lorsque, prenant l’éveil,
Autour de vous la jeunesse voltige
Comme un essain qui bourdonne au soleil.
Plaignez un peu les jeunes cœurs sans nombre
En plein midi soupirant sur vos pas ;
Plaignez surtout ceux qui battent dans l’ombre,
Belle, mais ne vous plaignez pas !