• Le joli vin de mon ami
    N’est pas un gaillard endormi ;
    À peine échappé de la treille,
    Sans se soucier de vieillir,
    Il ne demande qu’à jaillir
    De la bouteille.

    Le cœur aussi de mon ami
    Ne se donne pas à demi ;
    Il n’est jamais d’humeur chagrine
    Toujours...

  • La bise siffle à ma porte…
    C’est l’hiver ! Mais que m’importe
    Après tout, l’hiver, alors
    Que je puis n’en rien connaître,
    Si, le nez à ma fenêtre,
    Je ne regarde dehors ?…

    Auprès du feu… sur ma table
    Un vin pur, indiscutable…
    Quelques compagnons élus,
    De tout repos, et que j’aime
    Au moins autant que moi-même,
    Que souhaité-je de...

  • Si j’étais roi de quelque endroit,
    Tout mon peuple serait ivrogne,
    Car je punirais sans vergogne
    Les ceuss qui marcheraient trop droit.

    J’aurais des ministres suaves
    Chargés tout naturellement
    De l’unique département
    De mes cuisines et mes caves.

    Des vignerons ! point de soldats,...

  •  
    Le présent, le passé, l’avenir d’une femme,
    Des gens fort sérieux prétendent tout avoir.
    Ils prendraient volontiers son image au miroir,
    Au papillon son aile, au diamant sa flamme.

    Dans l’abîme insondable ils aimeraient à voir,
    Avec leurs gros yeux ronds, ces bourgeois de vieux drame,
    La perle blanche éclose aux profondeurs de l’âme,
    Ils...

  • A l’heure du réveil des sèves
    L’Amour, d’un geste las,
    Sème les rimes et les rêves
    Parmi les lis et les lilas.

    La brise, sœur des hirondelles,
    Déferle son essor,
    Et frôle de mille coups d’ailes
    Les corolles d’azur et d’or.

    Amour, pour...

  •            Grenouilles,
               Grenouilles,
    Regonflez vos goîtres flétris.
    Les vieilles du ciel ont repris
    Un tapon d’étoupe au fil gris
    Pour en regarnir leurs quenouilles ;
    Et voici, sous leur doigt subtil,
    Choir le nuage fil à fil.
    Il pleut à verse. Ainsi soit-il,
               Grenouilles,
               Grenouilles !

    ...
  •  
    J’aime à me figurer, de longs voiles couvertes,
    Des vierges qui s’en vont chantant dans les chemins
    Et qui sortent d’un temple avec des palmes vertes
    Aux mains ;

    Un rêve qui me plaît dans mes heures moroses,
    C’est un groupe d’enfants dansant dans l’ombre en rond,
    Joyeux, avec le rire à la bouche et des roses
    Au front !

    Un rêve qui m’...

  •  
    Proscrit, regarde les roses ;
    Mai joyeux, de l’aube en pleurs
    Les reçoit toutes écloses ;
    Proscrit, regarde les fleurs.

    — Je pense
    Aux roses que je semai.
    Le mois de mai sans la France,
    Ce n’est pas le mois de mai.

    Proscrit, regarde les tombes ;
    Mai, qui rit aux cieux si beaux,
    Sous les baisers des colombes
    Fait...

  •  
         De ce vieux vin que je révère
         Cherchez un flacon dans ce coin.
         Çà, qu’on le débouche avec soin,
         Et qu’on emplisse mon grand verre.

               Chantons Io Paean !

         Le Léthé des soucis moroses
         Sous son beau cristal est enclos,
         Et dans son cœur je veux à flots
         Boire du soleil et des roses.

    La...